Témoignage personnel

La solitude, oui, mais pas trop!

Solitude. Portrait d'Anathalie Jean-Charles pris par Rosanita Solon.
Crédit : Rosanita Solon

Je suis une femme fusionnelle qui aime la solitude. En fait, le terme « fusionnel » ne convient pas vraiment au type de relation que j’entretiens avec mes proches, mais je trouvais que c’était une belle façon de débuter ce billet sur la solitude.

Seule pour rêver

Règle générale, j’aime être seule. Peu de gens s’en rendent compte, mais je suis un peu « lunatique ». J’aime me perdre dans mes rêves et dans mes pensées. J’aime me retrouver pour faire le point sur ce que je ressens, sur des situations précises ou pour développer de nouvelles idées. Mon cerveau est en constante ébullition et j’ai besoin de prendre du temps pour y faire le ménage. 

Seule pour discerner les autres

La solitude me permet aussi de me mettre à l’écart pour analyser les gens et leurs comportements. Sans me qualifier de profileuse, je dirais que j’ai certaines aptitudes à discerner les gens et leurs intentions puisque je passe beaucoup de temps à les observer et à analyser les filiations qui existent entre les personnes.

Seule pour puiser de l’énergie

De plus, la solitude me redonne de l’énergie. Après avoir passé des heures à socialiser, me retrouver seule dans mes pensées me permet de tout emmagasiner et de regagner les forces épuisées lorsque je suis en groupe. Vous l’aurez compris, je suis introvertie.

Introvertie, mais pas timorée

Introvertie ne veut pas dire asociale ou timide. Bien au contraire. Je n’éprouve aucun mal à aborder les gens, je peux même aller vers eux. Je comprends très bien les codes sociaux. D’ailleurs, j’ai longtemps cru, à tort, être extravertie, car j’aimais participer à des activités de groupe, parler en public, sortir avec des amis, prendre de la place au sein d’un groupe. Bref, je socialisais beaucoup. Par contre, contrairement aux personnes extraverties, je puise mon énergie dans la solitude et non lorsque je suis en groupe. 

Les relations exclusives… fusionnelles?

Cela étant dit, j’ai longtemps eu des relations amicales « exclusives » avec des personnes avec qui j’étais super proche. Souvent des hommes (parce que je m’entends généralement mieux avec eux), mais aussi des femmes. Avec ces personnes, je pouvais passer des nuits entières à parler au téléphone ou à discuter bien installée au fond d’un canapé. On parlait de tout, d’actualité, de politique, de religion, de Dieu, de musique, d’acteurs de films, de nos rêves, de nos familles, de nos épreuves, de nos difficultés et de nos amours. Nous nous parlions tous les jours et nous savions pratiquement tout l’un de l’autre… Lorsque j’étais en couple, c’était mon partenaire qui occupait cette place exclusive reléguant toutes autres relations au second plan. 

L’illusion des relations parfaites

Le problème avec ce type de relation, c’est qu’elle donne l’impression d’être parfaite alors qu’il n’y a pas de relations parfaites. J’ai pris beaucoup trop de temps à l’admettre. Le propre des relations intimes est de se rendre vulnérable pour se laisser découvrir par l’autre. On s’attache, on se révèle, on partage des secrets inavoués, on montre nos faiblesses. Puis, comme dans toutes relations, viennent les conflits, les déceptions et les malentendus. Je plaçais beaucoup trop d’attentes sur l’autre… Et c’est là où ça se complique.

La solitude versus l’isolement

Je gère très mal la déception et la souffrance en général (mais j’apprends!!). Mon mécanisme de défense face aux conflits est de m’éloigner et d’éventuellement rompre tout contact avec la personne impliquée. À long terme, ce mécanisme peut devenir néfaste, car il ne nous permet pas de grandir en tant qu’individu. De plus, il ne permet pas aux relations valables d’être testées et de se renforcer. Un de mes amis m’avait dit un jour : « À force de couper les ponts, tu vas tomber et te retrouver tout en bas. » Il avait raison. À force de couper les ponts, je me suis isolée, je suis devenue casanière et je me suis retrouvée seule. Inconsciemment, je tenais les autres à distance. Je me persuadais que je n’avais besoin de personne, mais en fait, je ne cherchais qu’à me protéger de nouvelles déceptions. L’isolement, c’est la forme perverse de la solitude : c’est être au milieu d’un cachot avec des portes grandes ouvertes qu’on ne parvient plus à franchir. La solitude, c’est être invisible au milieu d’une foule. Il suffit d’établir une connexion pour réapparaître et être vu à nouveau.

Le défi d’établir une connexion

Depuis mon ex, je n’ai pas réussi à développer de relation aussi proche. Pas faute d’avoir essayé! Sauf que les personnes avec qui j’ai tenté d’établir des connexions profondes sont trop occupées. Elles sont en couple ou elles ont des familles et il faut prendre rendez-vous pour passer du temps avec elles. Fini le temps où nous pouvions passer des nuits sur le canapé ou au bout du fil. Tout le monde a une vie bien remplie. Parfois, ce n’est pas une question de temps, mais juste une question de manque d’affinité. En fin de compte, je parle à tout plein de personnes régulièrement. J’ai ces personnes qui tiennent une place toute particulière dans mon cœur, mais avec qui je parle de plus en plus rarement. Mais je n’ai plus d’amis proches avec qui passer du temps.

Dieu au sein de ma solitude

Maintenant, la personne à qui je raconte tout et avec qui je passe des nuits entières à discuter, c’est Dieu. Malgré le réconfort que ça m’apporte quotidiennement, je sais que Dieu ne nous a pas créés pour vivre seul, mais pour vivre en communauté. En nouant des liens avec les autres, nous apprenons à Le connaître davantage. C’est aussi au travers des relations que nous formons  que se présentent les meilleures opportunités de croître et d’apprendre à souffrir sainement. Jésus a Lui-même été trahi par deux de ses disciples, Judas l’Iscariot et Pierre, Son plus fervent partisan. En fait, lors de Son arrestation, les douze se sont enfuis, L’abandonnant à Son triste sort (cf Mt 26-27). Mais Jésus ne leur en a pas voulu. Il a souffert ces trahisons jusqu’au bout. Pour sauver nos relations et pour maintenir la paix, il faut parfois savoir souffrir de l’injustice (cf 1 Co 6:7). Jusqu’à ce que je réussisse à rétablir de nouvelles relations proches, je compte sur Dieu pour être vue. Je sais qu’au creux de la solitude, je ne suis pas invisible, car Il me voit et Il est avec moi.

Papa, je Te prie pour cette personne qui lit ce texte et qui souffre de solitude ou d’isolement. Je Te prie d’être sa consolation et de lui permettre de ressentir Ta Présence auprès d’elle. Je sais que même lorsque personne ne la voit au milieu de la foule, Ton regard est toujours posé sur elle et qu’elle n’est pas invisible. Je Te prie de continuer d’être à son écoute et de créer des opportunités pour qu’elle puisse nouer des liens avec des personnes qui partagent des atomes crochus aux siens. Amen!

About Author

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anathalie a toujours aimé Dieu. Malgré les chemins tortueux qu’elle a empruntés, Il est demeuré fidèle et ne l’a jamais laissé tomber. Anathalie a grandi dans une petite église méthodiste libre de la communauté haïtienne de Montréal où ses parents étaient impliqués dans le ministère ecclésiastique. Dès un très jeune âge, elle donne sa vie au Seigneur et s’implique à son tour pour l’avancement d l’œuvre de Dieu. Depuis juin 2014, elle fréquente l’église La Chapelle à Montréal où elle met ses dons, ses talents et son expérience au service de l’équipe des opérations et de l’équipe d’accompagnement spirituel de l’église. En 2018, elle entame des études en théologie dans le but de devenir aumônière et de venir en aide aux personnes qui souffrent. « On dit de moi que je suis une femme passionnée, créative, réservée et déterminée. J’ai la dent sucrée, je suis parfois dans la lune, j’aime les vieux films et les feuilletons français et je déteste les pieds… Mais vraiment là! »

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