Témoignage personnel

La famille, les fêtes et les tragédies de fin d’année

À la fin, lorsqu’il n’y a plus rien, seule la famille est là pour t’aimer. Citation de Kevin
Crédit photo : Marili Levac

Quoi qu’on dise, la famille c’est précieux. Elle est le fondement sur lequel les individus et les sociétés sont bâtis. Ma famille, probablement comme la vôtre, n’est pas parfaite, toutefois, elle demeure le nid où je me réfugie lorsque les tempêtes grondent où lorsque je me sens seule. Malheureusement, la famille est souvent le fond de scène de drames tragiques qui nous marquent profondément. Ces drames peuvent déchirer les liens qui unissent chacun de ses membres ou bien servir à les nouer plus solidement qu’auparavant. 

La magie de Noël pour raviver la fibre familiale

J’ai toujours aimé le temps des fêtes : les chants de Noël, les décorations, les premières neiges, la nourriture, les partys de bureau, les spectacles, la messe de minuit et les rencontres de famille. Bref, j’aime toute l’effervescence qui entoure cette saison. En plus, c’est une occasion tout indiquée pour rappeler aux êtres chers que nous les aimons et de raviver la fibre familiale qui veille en nous.

Ces drames qui ont bouleversé ma famille

Malheureusement, les drames n’attendent pas la fin des festivités pour frapper à nos portes. En effet, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2015 ma tante, son conjoint et ma cousine ont péri dans un incendie qui s’est déclaré dans la cuisine de leur appartement se situant au huitième étage d’un immeuble à logements du Queens à New York. Cet évènement concordait avec le récent diagnostic de l’Alzheimer, à peine six mois plus tôt, de mon père. À cela s’ajoutait la perte d’emploi de ma sœur à un poste qu’elle occupait depuis plus de 18 ans et à une nouvelle déception amoureuse pour moi.

On peut dire que les nerfs de la famille étaient mis à rude épreuve. Les fins de vie tragiques et les épreuves qui semblent insurmontables, nous les avons beaucoup subits dans la famille Jean-Charles :

  • La mort subite et inexpliquée du petit frère de mon père lors d’un séjour en Haïti. Il a laissé derrière lui une femme et deux enfants en bas âge.
  • Le coma éthylique suivi du décès du conjoint de ma cousine lors de sa fête d’anniversaire. Ma cousine, celle dont le père est décédé de façon inexpliquée lorsqu’elle n’était qu’un nourrisson, a dû voir le schéma se reproduire avec ses propres enfants.
  •  L’agression de mon neveu, Kevin, suivi de son meurtre, était probablement le pire que nous ayons eu à affronter en famille.
  • À la même époque, il y a aussi eu le cancer du sein agressif de la femme d’un autre de mes oncles. On dit qu’une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule. Dans notre cas, ça semble être une règle plutôt qu’une exception.

Des drames familiaux qui nuancent les fêtes de fin d’année

Depuis ces nombreux drames familiaux, les fêtes de fin d’année sont teintées d’appréhension et de mélancolies. J’appréhende les mauvaises nouvelles et le souvenir de ceux qui nous ont laissés brusquement. Je me souviendrai toujours de ce matin du 1er janvier 2015 où j’ai appris le décès des membres de ma famille. J’étais à Longueuil chez mon cousin avec sa femme et mes deux amies. Nous avions passé la nuit à regarder des photos, à rire et à parler des Noëls de notre enfance.

Je me souviens précisément qu’au milieu de la nuit, mon cousin et moi, nous nous sommes mis à parler de ma tante et de ma cousine Nadia et de sa mère qui était décédée un an et demi plus tôt. Nous avions tellement de plaisir à nous raconter nos souvenirs de vacances aux États-Unis. À ce moment, nous n’avions aucune idée que Nadia était en train de mourir, auprès de notre tante Louise, asphyxiée par la fumée.

Vers 8 h du matin, la femme de mon cousin reçut un appel de sa sœur de New York, je me souviens que son visage changea immédiatement. Mon cousin s’était endormi il y a plusieurs heures et elle n’avait pas voulu le déranger. Je me suis dit qu’il était temps de partir et de les laisser gérer la mauvaise nouvelle qu’elle venait de recevoir. Pendant que j’étais sur l’autoroute en direction de la maison, mon téléphone s’est mis à sonner avec insistance. C’était mon cousin. Je trouvais assez étrange qu’il m’appelle alors que je venais de quitter son domicile et que nous devions nous voir en soirée pour la fête annuelle chez son père.

L’annonce du décès des membres de la famille

À mon arrivée chez mes parents, ma mère était allée travailler et mon père était déjà debout. Il ne se réveillait pas avant 10 h habituellement. Le téléphone de la maison retentit, c’était mon oncle. Il voulait parler à ma mère et il était hésitant. Je trouvais ça bizarre qu’il téléphone aussi tôt et qu’il refuse de parler à son frère, mais je n’ai pas insisté.

Finalement, mon téléphone se mit à sonner de nouveau, c’était ma sœur aînée et mon frère au téléphone :

  • Allo ?

J’entendis un cri. Puis du charabia. Puis des larmes contenues et un autre cri.

  • Allo ?
  • Ils sont morts.
  • Quoi ? Tcho c’est toi ? Je ne comprends pas ce que tu dis.

Ma sœur me répondit :

  • Thalie, ils sont tous morts dans l’incendie.
  • Mais qui ça ?
  • Nadia, ma tante, ils sont morts dans le feu cette nuit.

Encaisser le choc

Je n’arrivais pas à absorber l’information qu’on me transmettait. J’ai entendu ma sœur me dire qu’ils attendaient que ma mère rentre pour qu’elle l’annonce à mon père. Je me souviens que je voulais sortir de la maison et qu’on me disait de ne pas prendre le volant. J’avais besoin de prendre l’air. Je n’arrivais pas à pleurer. Je devais sortir, mais c’était contre-indiqué.

J’ai téléphoné à ma petite sœur en la sommant de rappliquer chez les parents. Elle aussi venait tout juste de rentrer de ses festivités. C’est lorsque ma mère est rentrée et qu’on lui a annoncé la nouvelle que j’ai éclaté en sanglots. Je n’avais pas dormi de la nuit, le téléphone ne dérougissait plus, les visiteurs entraient et sortaient de la maison au fur et à mesure où la nouvelle se répandait.

Ce fut un 1er janvier aussi animé que les autres, mais au lieu des souhaits traditionnels de bonne année, nous recevions les sincères sympathies par téléphone et sur les réseaux sociaux. Pour ma part, j’étais émotionnellement si épuisée que j’ai passé une bonne partie de la journée à dormir, ce qui me permettait aussi d’éviter de revoir les images de l’incendie en boucle sur les médias sociaux.

Les drames de famille qui nous rapprochent ou qui nous déchirent

Deux semaines plus tard, nous étions tous réunis à New York pour transmettre nos derniers au revoir. C’était l’occasion d’être ensemble et de voir ou de revoir ceux qui sont loin de nous, mais qui sont proches de nos cœurs.

Je dois admettre que cet événement tragique nous a rapprochés les uns des autres. Mais toutes les épreuves ne sont pas semblables. Alors que ce deuil nous a unis, un autre a vu des liens se briser. Oui, la famille c’est précieux. Il peut y avoir des hauts et des bas, mais pour reprendre les mots de mon neveu :

 « À la fin, lorsqu’il n’y a plus rien, seule la famille est là pour t’aimer ».

Kevin
À la fin, lorsqu’il n’y a plus rien, seule la famille est là pour t’aimer. Citation de Kevin
Crédit photo : Le journal d’Anathalie

Ma prière pour cette fin d’année

« Papa, je Te prie pour cette personne qui lit ce texte et qui vit des relations conflictuelles avec des membres de sa famille. Je Te prie en cette fin d’année de lui accorder la joie et la paix que Toi seul peux donner. Je Te prie pour cette personne qui lit ce texte et qui sera seule pour Noël et pour le jour de l’An, je Te prie de lui permettre de tisser des liens avec de nouvelles personnes avec qui elle pourra bâtir des relations durables. Enfin, j’amène devant Toi cette personne qui lit ce texte et qui vit ou qui a vécu un drame ou plusieurs drames familiaux. Tu dis dans Ta Parole que Tu es notre Force et que, par Ton Fils, Tu nous donnes la vie en abondance. Je Te prie de faire jaillir Ta vie sur cette personne et dans toute sa famille. Au nom de Jésus, je Te prie. Amen ! »

Crédit photo : Marili Levac
About Author

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anathalie a toujours aimé Dieu. Malgré les chemins tortueux qu’elle a empruntés, Il est demeuré fidèle et ne l’a jamais laissé tomber. Anathalie a grandi dans une petite église méthodiste libre de la communauté haïtienne de Montréal où ses parents étaient impliqués dans le ministère ecclésiastique. Dès un très jeune âge, elle donne sa vie au Seigneur et s’implique à son tour pour l’avancement d l’œuvre de Dieu. Depuis juin 2014, elle fréquente l’église La Chapelle à Montréal où elle met ses dons, ses talents et son expérience au service de l’équipe des opérations et de l’équipe d’accompagnement spirituel de l’église. En 2018, elle entame des études en théologie dans le but de devenir aumônière et de venir en aide aux personnes qui souffrent. « On dit de moi que je suis une femme passionnée, créative, réservée et déterminée. J’ai la dent sucrée, je suis parfois dans la lune, j’aime les vieux films et les feuilletons français et je déteste les pieds… Mais vraiment là! »

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