Enseignement

Partie 1 Les idées noires : surmonter la grande noirceur

Les idées noires peuvent vite prendre le dessus sur la raison et nous noyer dans une spirale infernale de profonde tristesse et de grandes noirceurs.
Crédit photo : Christina Esteban
Montage : Le journal d’Anathalie

Le confinement peut s’avérer être particulièrement dur pour les célibataires ou pour les personnes vivant seules. Les idées noires peuvent vite prendre le dessus sur la raison et nous engouffrer dans une spirale infernale de profonde tristesse et de grandes noirceurs. Pourtant, il est possible d’éviter la dérive en adoptant des mesures spirituelles, psychologiques et physiques saines.

Depuis le début de la crise, j’ai pris l’initiative d’appeler des personnes de mon réseau d’amis et de la famille pour prendre de leurs nouvelles. J’envoie des textos, des courriels et j’effectue des appels pour m’enquérir de la santé de mes connaissances proches et moins proches. J’en ai aussi profité pour étendre mes suivis auprès de ceux que j’accompagne dans leur processus de croissance spirituelle. Si certains semblent vivre la crise avec confiance, beaucoup sont plutôt anxieux, voire même angoissés par les mesures prises par les gouvernements ainsi que par leurs répercussions sur leur vie personnelle : perte d’emploi, de revenu, isolement, perte de contact avec parents ou grands-parents, sentiment d’incertitude accrue face à l’avenir… Sans compter la peur panique que certaines personnes ont développée face à la possibilité de contracter le virus.

Toutefois, j’ai perçu la plus grande détresse chez les personnes vivant seules. Toutes ont témoigné avoir traversé des périodes de grandes noirceurs où elles se sont repliées sur elles-mêmes, refusant tout contact avec leur entourage. Pour certaines, ça s’est manifesté en bloc de plusieurs jours, voire même des semaines où les idées noires ont pris le dessus sur leurs pensées. Pour d’autres, c’étaient les montagnes russes où chaque jour apportait son lot d’émotions nouvelles.

Qu’est-ce que la grande noirceur ?

Les idées noires et la grande noirceur.
Les idées noires et la grande noirceur.
Source : Capture Landscape

Selon l’individu, elle peut se manifester de différentes façons. Dans un de mes premiers articles, je la décris comme une déchéance, une dérive des pensées dans l’abysse de la souffrance. Au début on se sent triste ou anxieux. On ressent un poids au milieu de la poitrine ou un nœud dans la gorge. On se dit que si l’on pouvait cerner la source de la douleur (oui, oui, la cerner, comme une armée encercle l’ennemi à abattre ou comme des loups encerclant la proie qu’ils s’apprêtent à mettre en pièce), on pourra peut-être en venir à bout. Donc on se met à réfléchir et à se poser des questions dont on ne trouve pas nécessairement les réponses, mais pour lesquelles notre esprit troublé concoctera des raccourcis qu’on appelle les idées noires.

Les idées noires se nourrissent essentiellement de la douleur, du sentiment d’injustice, du désespoir et d’elles-mêmes. Plus on a mal, plus on crie à l’injustice, plus on fomente des idées noires, plus on désespère et plus on a mal… Le pire c’est que le cercle fonctionne dans tous les sens ! Le sentiment d’injustice peut aussi nourrir les idées noires et la douleur, le désespoir. Tout ça entraîne de la confusion, on se sent vite accablé, puis submergé et angoissé par nos pensées. Bienvenue dans l’antre de la grande noirceur.

Le cercle vicieux qui nourrit les idées noires par Anathalie Jean-Charles.
Crédit : Le journal d’Anathalie

Point de vue spirituel sur les idées noires

Ce matin, lors de ma dévotion quotidienne, je méditais sur le passage de Matthieu 4, versets 1 à 11. C’est le passage qui porte sur la tentation de Jésus dans le désert. Je suis toujours étonnée lorsque je découvre de nouveaux angles d’interprétation de passage que je connais bien. J’ai donc été très enthousiaste lorsque ma lecture m’a donné un nouvel éclairage sur la grande noirceur que nous pouvons tous expérimenter à un moment ou à un autre de notre vie.

1. « Apre bal, tanbou lou » : Après la fête, les tambours sont lourds

Apre bal, tanbou lou: Au début des festivités, on porte son tambour au bout des bras mais à la fin de la soirée, on le traine à nos pieds.
Apre bal, tanbou lou : Au début des festivités, on porte son tambour au bout des bras mais à la fin de la soirée, on le traine à nos pieds.
(c) Can Stock Photo / Aleutie

J’aime ce proverbe haïtien qui souligne les lendemains de fête douloureux : le retour à la routine, la fatigue, les maux divers, et parfois même le chagrin. De façon plus tragique, ce proverbe se réfère aussi à la dure réalité de la vie : les moments de purs bonheurs, de joies ou de grands succès sont souvent suivis par de grandes épreuves ou par des tragédies. Nous devons parfois jongler en même temps avec de grands défis tout en savourant la satisfaction de succès personnels ou professionnels. C’est la vie ! Et Jésus l’a vécu aussi.

C’est juste après que les cieux s’ouvrirent pour Lui, à Son baptême (Mt 3 : 17), que l’Esprit emmena Jésus dans le désert pour être tenté par le diable (Mt 4 : 1). Ce qu’on entend ici par « être tenté » du grec « peirazos » c’est être testé. C’est le même verbe qui est utilisé dans 1 Cor 10 : 13

Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter.

1 Cor 10 : 13

Fête finie, lendemain difficile, oui ! Car Jésus devra passer quarante jours dans le désert sans manger. Mais pourquoi ? L’auteur de l’évangile de Matthieu s’adresse aux juifs avec l’intention de démontrer que Jésus est le Messie tant attendu. Pour ce faire, l’auteur fait souvent référence aux écrits et aux prophètes pour soutenir son argumentaire. Ce récit a précisément pour but de montrer aux juifs que là où le peuple d’Israël avait échoué dans le désert, Jésus, Lui, a réussi.

Les quarante jours dans le désert sont donc un symbole, pour les juifs, des quarante ans qu’a passés Israël dans le désert après sa sortie d’Égypte. Et c’est après ces quarante jours que Jésus a eu faim.

2. Satan utilise notre vulnérabilité pour nous faire tomber

Source : Aleteia

Jusque là, rien d’extraordinaire. Satan est lâche. Il attaque lorsque sa proie est vulnérable et faible pour ne pas se donner trop de peine. Il attend, étudie sa cible, prend des notes sur ses faiblesses et au moment opportun, il lance l’assaut.

Étudions donc sa stratégie face à Jésus dans le désert :

Jésus est dans le désert depuis quarante jours et quarante nuits. L’environnement est aride et hostile. Il fait extrêmement chaud le jour, et froid la nuit. On peut s’imaginer qu’il n’a pas de sac à dos et qu’il a très peu à boire. Déjà, au bout de quelques jours dans le désert, le simple fait de s’hydrater le rend malade. Il n’a pas, ou peu de points de repère et il se déplace à pied ! Il est donc exténué. Nous devons aussi nous rappeler que les déserts ne sont pas inhabités. La possibilité de se faire prendre en trousse par une troupe d’hommes malhonnêtes est bien réelle. Au bout de quarante jours, Jésus a non seulement faim et soif, Il est au bout de ses capacités physiques et mentales.

Satan a observé Jésus. Il sait qu’Il est le Fils de Dieu et que Sa mission est de sauver l’humanité. Il sait qu’Il nourrit sa relation avec le Père dans le jeûne et la prière et qu’ainsi, Il se prépare pour accomplir ce pourquoi Il a été envoyé. Mais voici, une brèche s’ouvre alors que Son corps et Son âme défaillissent dans l’hostilité du désert : Il a faim.

a) Il tente le corps

« Tu as faim ! Alors, mange ! Utilise tes pouvoirs, tes capacités et tes aptitudes pour assouvir tes besoins physiques. Allez ! Tu n’as pas à subir cela ! »

Satan utilise nos sens, nos besoins physiologiques et nos désirs pour nous faire tomber. Il veut que nous nous appuyions sur nos propres forces pour nous sortir du pétrin. Ce faisant, nous nous éloignons de Dieu.

À une personne seule se trouvant dans la grande noirceur, il pourra dire :

« Tu te sens seul ? Tu es en manque d’affection ? Tes hormones sont dans le tapis (ou dans le plafond !) ? Ben aller ! Vas-y ! Caresse-toi un peu pour faire passer l’envie. Installe cette application de rencontre sur ton téléphone pour rencontrer des personnes « comme toi » qui s’ennuient. Vas-y, clique sur ce lien pour visionner cette vidéo érotique. Passe ta fin de semaine à convoiter l’homme/la femme que tu désires sur les médias sociaux. Prends ta vie en main ! »

Mais Jésus lui répond : « Non, Satan ! Non ! Je ne vais pas m’appuyer sur mes capacités pour assouvir mes envies. Je vais plutôt m’appuyer sur la Parole de Dieu, car Sa Parole est la Vie en abondance. Je ne dépends pas de mes forces, mais je dépends de Dieu ».

La réponse de Jésus est un parallèle avec la sortie du peuple d’Israël du pays d’Égypte. Dieu avait voulu apprendre aux Hébreux à dépendre de Lui seul. Ils ne devaient plus être conditionnés à penser comme des esclaves mais plutôt comme le peuple élu de Dieu. Même s’ils avaient été battus, dépossédés, et injustement mis à mort par leurs maîtres égyptiens et ils étaient satisfaits du peu qu’ils recevaient pour vivre. Étant devenus libres, ils ont même souhaité retourner sous le joug de leurs maîtres au lieu de braver le désert pour hériter de la terre promise.

Et nous, combien de fois retournons-nous à nos anciens comportements et à nos habitudes néfastes au lieu de vivre comme des personnes qui ont été affranchies par la Parole de Dieu ? Vivons-nous vraiment que par Lui et que pour Lui ?

Satan utilise nos besoins, nos désirs ou notre inconfort (douleur) pour nous pousser à satisfaire nos besoins par nous-même (reprendre le contrôle). Ce faisant, nous ne reconnaissons plus le lien de dépendance qu’il y a entre nous et Dieu, ce qui va inévitablement nous éloigner de Lui. C’est la première étape dans la spirale infernale des idées noires.

b) Il installe le doute dans ton âme (Il t’embrouille!)

Le diable nous embrouille et nous nourissons les idées noires.
L’âme embrouillée est un milieu idéal pour la conception d’idées noires.
Source : DK find out

« Dieu est-Il vraiment avec toi ? Comment le sais-tu ? Bon ! S’Il t’aime vraiment, jette-toi en bas et Il viendra à ta rescousse. Comme ça, nous en aurons le cœur net ».

Le doute c’est l’outil préféré de Satan. Son truc est vieux comme le monde ! Littéralement. Le doute en soi n’est pas mauvais, mais lorsque celui-ci nous pousse à nous méfier des bonnes intentions de Dieu envers nous… Aïe ! C’est un terrain vraiment glissant, car cela peut nous pousser à manipuler Dieu ou à forcer Sa main comme l’a fait Israël à Horeb. Le peuple, frustré de sa condition dans le désert, douta de la présence de Dieu (Ex 17 : 7) et se mit en colère contre Moïse pour qu’il incite Dieu à lui donner de l’eau. Ce que l’Éternel fit (Ex 17 : 6).

Le problème avec ce genre de comportement c’est qu’on est rarement satisfait de la réponse reçue. On dit :

  • Dieu, si Tu m’aimes exauce-moi.
  • Donne-moi CET emploi, ou CE.TTE mari/femme.
  • Donne-moi un enfant.
  • Guéris-moi si Tu existes vraiment.
  • Fais en sorte que la douleur cesse et je croirai que Tu es avec moi.
  • Si Tu m’aimais vraiment, Tu ne permettrais pas que je sois seul. e. 

Israël a été témoin de plusieurs miracles. Le peuple avait vu la main de Dieu agir dans ses circonstances plus d’une fois, mais il a continué à douter.

  • Ouais, j’ai eu CET emploi, mais au fond… La compétition n’était pas si grande que ça, donc c’est sûrement un coup de chance.
  • Tu m’as donné un enfant, mais c’est une adoption et moi je voulais un enfant naturel.

En fin de compte, la réponse ne réussit jamais à calmer le doute de la présence ou de l’amour de Dieu envers nous, ce qui amplifie les idées noires et la grande noirceur dans nos cœurs.

Aussi, ce n’est pas le fait de demander ou de vouloir voir Dieu agir dans notre situation le problème. C’est plutôt le fait d’essayer d’obtenir ce que l’on veut en forçant Sa main ou de carrément tester les intentions de Dieu en Le provoquant. C’est un peu comme la personne qui dit :

« Si tu me quittes, je me tue ».

Vous voyez… On ne peut pas bâtir de relations saines, en exigeant, en provoquant et en mettant en doute les intentions d’autrui.

C’est donc 2-0 pour Jésus qui, encore une fois, ne se laisse pas flouer par les astuces du diable en répondant du tac au tac :

« Je n’ai pas besoin de provoquer Dieu pour savoir qu’Il est avec moi. Je sais qu’Il est avec moi ».

c) Il offre une solution rapide

Traduction : « Ce désert est stupide! Ils devraient mettre une fontaine d’eau ici. »
Source : Tenor

« Mais voyons ! Tout ça en vaut-il vraiment la peine ? Pourquoi accepter toute cette souffrance ? Tout peut devenir très simple, très rapidement. Je te donne tout, tout de suite, sans tracas. Renie Dieu et suis-moi… ».

Satan sait que nous n’aimons pas souffrir et que la nature de l’homme est de trouver le chemin de moindre résistance pour parvenir à ses fins. Il le sait, et il l’utilise souvent contre nous.

  • Si je n’étais pas chrétien. ne, je serais sûrement déjà marié. e !
  • Faut-il vraiment attendre après le mariage ? Me semble que ça revient au même.
  • Je serais moins seul. e si j’acceptais d’agir comme les autres.
  • Si je travaillais les fins de semaine, j’aurais plus d’argent pour payer les factures.

Comme 1 Co 10 : 13 nous l’indique, Dieu ne permet pas que nous traversions des épreuves qui soient au-delà de nos capacités. Comme l’or, nous sommes purifiés et raffinés par le feu (1 Pi 1 : 6-7). C’est au travers de l’épreuve que nos caractères sont formés (Jc 1 : 3-4).

Toutefois, lorsque nous souffrons, les idées noires peuvent nous emmener à prendre des raccourcis afin d’arrêter la douleur. Malheureusement, ces raccourcis peuvent nous éloigner de Dieu voire même nous pousser à l’idolâtrie.

En acceptant la mission de Sauveur du monde, Jésus avait compris le prix (coût). Il savait qu’il n’y aurait aucun raccourci et que la route serait parsemée d’embûches. Mais le prix (récompense) de toutes ces souffrances est le salut de l’humanité et la promesse de partager l’héritage du Royaume des cieux avec ceux qui auront cru et persévéré dans leur foi.

Au milieu de la grande noirceur, nous aussi nous devons évaluer le coût et la récompense attendue. Notre récompense est éternelle et ne peut se comparer aux bonis que peuvent nous procurer certains raccourcis que nous pouvons prendre ici-bas. Pourquoi risquer de mettre en péril notre héritage éternel dans la gloire de Dieu pour des acquis périssables ?

C’est donc un sans-faute pour Jésus qui envoie promener Satan :

« Retire-toi de moi Satan ! Je ne veux pas de tes raccourcis. C’est uniquement Dieu que j’adorerai et que je servirai ! »

Après l’épreuve, Dieu envoie du réconfort

Source : ArtStation

Alors le diable le laissa. Et voici que des anges s’approchèrent de Jésus et le servirent.

Mt 4 : 11

Lorsqu’on résiste au diable et aux idées noires, ils fuient loin de nous (Jc 4 : 7). Mais il faut d’abord résister ! Dans Son Amour, Dieu nous a donné le Saint-Esprit qui nous aide, dans les moments de faiblesse, à nous accrocher à Lui et à la Parole de Dieu. Il nous envoie du réconfort par Son Esprit, dans Sa Parole ainsi que par des anges… qui peuvent aussi prendre la forme de personnes de notre entourage. Dieu est toujours avec nous et Il nous soutient, que nous réussissions à surmonter les épreuves ou non.

Prions

Papa, merci pour Ta Parole et pour l’exemple de Ton Fils Jésus qui nous apprend à surmonter les moments difficiles de notre vie. Merci de L’avoir envoyé parmi nous afin que nous puissions Te connaître au travers de Lui et que nous soyons libérés du joug du péché. Merci parce que même lorsque nous ne le sentons pas, Tu es toujours avec nous et pour nous. Ta Parole en atteste et nous le croyons. Je Te prie pour les personnes seules qui vivent difficilement cette période de confinement. Éclaire leurs pensées et chasse les idées noires. Tu sais que le diable rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. Ne permets pas qu’il atteigne ses buts en envahissant leurs pensées de mensonges pour les faire tomber. Aide-les à s’appuyer sur Ta Parole et sur Tes Promesses jusqu’à ce que Tu leur apportes la délivrance. Amen !

About Author

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anathalie a toujours aimé Dieu. Malgré les chemins tortueux qu’elle a empruntés, Il est demeuré fidèle et ne l’a jamais laissé tomber. Anathalie a grandi dans une petite église méthodiste libre de la communauté haïtienne de Montréal où ses parents étaient impliqués dans le ministère ecclésiastique. Dès un très jeune âge, elle donne sa vie au Seigneur et s’implique à son tour pour l’avancement d l’œuvre de Dieu. Depuis juin 2014, elle fréquente l’église La Chapelle à Montréal où elle met ses dons, ses talents et son expérience au service de l’équipe des opérations et de l’équipe d’accompagnement spirituel de l’église. En 2018, elle entame des études en théologie dans le but de devenir aumônière et de venir en aide aux personnes qui souffrent. « On dit de moi que je suis une femme passionnée, créative, réservée et déterminée. J’ai la dent sucrée, je suis parfois dans la lune, j’aime les vieux films et les feuilletons français et je déteste les pieds… Mais vraiment là! »

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