Témoignage personnel

Mammy très chère : la relation mère-fille

Bien que ma mère soit une femme tout à fait remarquable, je dirais que notre relation mère-fille est assez complexe.
Ma mère chérie et notre relation mère-fille.
Crédit photo : Marili Levac

Mammy, Mammy, Mammy ! Par où commencer ? Bien que ma mère soit une femme tout à fait remarquable, je dirais que notre relation mère-fille est assez complexe. En fait, j’ai appris à connaître la femme qui se cache derrière ma mère assez tardivement dans ma vie et c’est en découvrant cette femme que j’ai pu mieux la comprendre.

Relation mère-fille : petite anecdote

Il y a quelques jours, ma mère et moi devions accompagner mon père à un examen médical chez son gérontologue en après-midi. Étant donné qu’il séjourne dans un hébergement temporairement, il fallait que nous passions le prendre avant de nous rendre à l’autre bout de la ville pour son rendez-vous. Puisque j’avais un rendez-vous le même jour en matinée, je lui avais demandé de s’assurer que mon père soit prêt pour 13 h 30 en allant le préparer dans l’avant-midi. Ce à quoi elle m’a répondu que le personnel de la maison d’hébergement se chargerait de le préparer à temps, car ils étaient au courant pour son rendez-vous.

Je suis retournée de mon rendez-vous vers treize moins vingt. En arrivant, ma mère m’a demandé si j’étais prête à me rendre au centre. Je lui ai rétorqué que je m’y rendais comme convenu pour 13 h 30, car je n’avais pas encore mangé et que le rendez-vous n’était que pour 14 h 30. Elle m’a répondu que nous devions y arriver tôt, car mon père devait s’habiller et qu’elle ne voulait pas arriver en retard. Je lui ai dit de s’y rendre et que je la retrouverais là-bas lorsque j’aurais terminé vers 13 h 30. À 13 h 15, elle n’avait toujours pas quitté la maison. Elle était devant la porte et m’attendait.

Lorsque l’inévitable se produit… restons calme!

Lorsque nous sommes arrivées au centre d’hébergement, mon père était assis devant une assiette de nourriture qu’il avait à peine touchée. Le personnel ne l’avait pas fait manger, il n’était pas rasé, ni habillé. Il était 13 h 30, nous étions à Rivière-des-Prairies et nous devions nous rendre à Côte-des-Neiges. La situation n’aurait pas été aussi pénible si ma mère m’avait laissé conduire et si elle n’avait pas, comme à son habitude, emprunté plusieurs détours inutiles qui n’avaient fait que rallonger notre parcours. Nul besoin de vous dire que nous sommes arrivées 20 minutes en retard…

Bref ! C’est dans ce genre de situation que je dois faire preuve de sang-froid et que je dois me rappeler qu’elle m’a portée 9 mois dans son ventre, que je me présentais par le siège et que j’étais sa première césarienne… Ah oui ! Et aussi que je l’aime, bien sûr !

Relation mère-fille : des personnalités opposées

Parmi mes sœurs, je suis celle dont la personnalité et le caractère ressemblent le plus à mon père. La benjamine m’a fait remarquer un jour que lorsque nous étions adolescentes, j’avais tendance à prendre le parti de mon père contre celui de ma mère dans toutes les discussions se qui mettait ma mère hors de ses gonds. Pourtant, ce n’était pas intentionnel. Mon père et moi sommes rationnels, pragmatiques, méthodiques et organisés. Nous accordons beaucoup de valeurs aux faits et à la logique ce qui est l’opposé de ma mère qui accorde plus de valeurs aux émotions et aux opinions. À ses yeux, mon pragmatisme était une atteinte à sa personne, à ses compétences et son autorité parentale alors que je ne faisais que suivre la raison.

En plus de nos personnalités opposées, il y avait entre nous la caricature des mères typiquement haïtiennes : des mères ultras sévères, contrôlantes et qui mènent leur maison d’une main de fer. Pas facile pour l’adolescente arrogante et vive d’esprit que j’étais. Je me réfugiais donc dans l’espoir de pouvoir partir en appartement aussi rapidement que possible. L’ironie de la chose c’est que je suis celle qui est demeurée le plus longtemps sous sa gouverne.

Relation mère-fille : une relation en évolution

Toutefois, mon regard sur ma mère a commencé à évoluer il y a quelques années lorsque nous sommes parties au Maroc toutes les deux. À cette époque, je voyageais fréquemment et cette année-là, j’avais choisi de partir en sac à dos. J’avais tout planifié jusqu’à ce que ma sœur aînée et mon père chamboulent mes plans en m’incitant à inclure ma mère dans mes projets. Ce que j’ai fait non sans réticence… et sans regret !

Notre relation mère-fille fut mise à rude épreuve dès le début du voyage, mais pas pour les raisons précédemment évoquées. Dès notre arrivée à l’aéroport de Montréal, ma mère, n’était plus ma mère. Elle était devenue une ado insouciante qu’il fallait contenir : nos rôles furent littéralement inversés pendant trois semaines. Je m’évertuais à lui expliquer les règles de sécurité civique et alimentaire à respecter outremer, sans succès. Elle ne respectait aucun règlement, elle voulait tout faire, tout manger, tout voir, tout acheter et suivre son propre itinéraire.

Lorsque l’inévitable se produit et qu’il vient à la rescousse!

Tantôt, elle souhaitait séjourner dans un grand Riyad luxueux alors que j’avais réservé une modeste chambre dans une petite maison d’hôte. Ensuite, elle voulait aller au hammam, et au souk pour magasiner alors qu’on se rendait au musée. Elle était si effrénée que ça en devenait essoufflant. À force de foncer tête baissée dans l’inconnu, elle a souffert d’une intoxication alimentaire (car elle n’avait pas respecté les indications que je lui avais fournies) en plus du virus qu’elle avait chopé dans l’avion. Au bout du compte, c’est la maladie qui l’a ralenti dans son élan.

Ce qui m’a impressionnée lors du voyage c’est son ascension de l’Atlas à pied sur 5 km. Imaginez-vous une femme d’une soixantaine d’années, affaiblie par la grippe, gravissant à pied les parois rocailleuses et escarpées de l’Atlas ! Wow !

La femme derrière la mère

Au retour à la maison, j’étais émerveillée par la force et par la vivacité de cette femme. Ma mère, c’est une fonceuse, une guerrière et une vraie battante. Elle est travaillante : lorsqu’elle décide quelque chose, elle le fait sans hésiter. C’est un leader, ouvert d’esprit, qui a des idées et qui se donne les moyens pour les réaliser. Quoiqu’il arrive, elle prend toujours la défense de ses enfants et de son mari, même lorsqu’ils ont tort. C’est à la fois une tigresse et un taureau. Elle ne se laisse pas décourager par les épreuves ni par la souffrance, bien au contraire. Elle les surmonte et en redemande.

À 73 ans, elle n’a pas dit son dernier mot : elle continue de travailler et à entretenir sa maison, et ce, malgré son arthrose et une hernie discale. Elle semble être infatigable. À la voir aller, je comprends les raisons pour lesquelles mon père est si amoureux d’elle. Aujourd’hui encore, il la réclame au lever et au coucher. La façon dont son visage s’illumine lorsqu’il la voit arriver… ça fait rêver.

Relation mère-fille: Pas si différente que ça après tout!

Je reconnais maintenant les aspects de nos personnalités qui coïncident : comme moi, ma mère est une entrepreneure qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus contrairement à mon père qui préfère rester bien dans les clous en prenant le moins de risque possible. Quoiqu’il en soit, je sais que je n’arriverai jamais aux chevilles de cette femme colossale.

Le deuil de la femme qui a forgé ma mère

Cela étant dit, depuis le début de l’été, j’ai vu ma mère vieillir d’un coup. La maladie de mon père a finalement eu raison de sa fougue, et ce, malgré ma présence et mon soutien. Lorsqu’un conjoint tombe gravement malade, on s’attend à ce que le mari ou la femme prenne tout en charge pour assurer les soins et l’administration de tout le patrimoine. . Ne dit-on pas : « Pour le meilleur et pour le pire, dans la santé comme dans la maladie ». La réalité c’est que personne n’est préparé à devenir proche aidant. On le devient malgré soi, par amour, par pitié ou par dépit.

Ma mère a vécu dans le déni de la maladie de mon père pendant plusieurs années. Elle n’y croyait pas. De voir son état brusquement empiré l’a mis au pied du mur. Elle a dû accepter qu’elle ne jouisse pas de la retraite paisible et dynamique qu’elle avait imaginée. Je crois que ce deuil est aussi celui de sa personne. Elle réalise qu’elle ne sera plus jamais cette femme fougueuse se laissant porter à ses moindres caprices comme autrefois. Cette femme qu’elle a dû mettre de côté pour devenir une épouse et une mère et qu’elle souhaitait tant voir renaître dans sa vieillesse ne serait plus jamais.

Accepter la femme pour mieux comprendre la mère

Aujourd’hui j’accepte entièrement la femme entêtée, obstinée et contrôlante qu’est ma mère. J’admire cette femme brave et forte qui ne se plie pas devant l’adversité. J’accepte ses parts d’ombres parce que je les comprends un peu mieux aujourd’hui. Je comprends les sacrifices et les humiliations qu’elle a dû subir pour devenir la femme de mon père et une mère dévouée pour ses enfants.

Pendant le creux de ma dépression, j’ai vu son coeur de mère saigné par la détresse que je traversais et qu’elle ne pouvait combattre à ma place. Bien qu’elle ne soit pas la plus affectueuse des femmes, je savais qu’elle souffrait de me voir dépérir. Elle est allée jusqu’à vouloir arranger les choses avec mon ex afin de m’assurer un avenir. Puis, elle a tenté de me consoler lorsqu’elle a réalisé qu’il n’était pas fait pour moi. Ma mère est une femme complexe qui a encore beaucoup de chose à réaliser sur cette terre. Malgré la complexité de nos rapports, nous nous aimons et nous ne pourrions vivre l’une sans l’autre.

La restauration de la relation mère-fille

J’aimerais prendre quelques minutes pour m’adresser aux femmes et aux filles qui vivent des relations conflictuelles avec leur mère ou avec leur fille. Je crois fermement que mon Dieu est un Dieu de réconciliation et qu’Il est en mesure de panser toutes sortes de plaies en plus de rétablir des relations qui semblent vouées à l’échec. La Bible nous révèle que Dieu est non seulement notre Père, mais qu’Il est aussi notre Mère. Contrairement à la conception que nous avons de Yahwe, Il n’est ni masculin, ni féminin, mais bien les deux. Ainsi, Yahwe peut autant se manifester dans nos vies comme un Père ou comme une Mère.

« Oui, comme une mère console son enfant, moi aussi, je vous consolerai. »

Esaïe 66 : 13 , PDV2019

Dans Matthieu 23:37, Jésus dit (en parlant de Yahwe) qu’Il souhaite nous rassembler sous ses ailes comme une poule rassemble ses poussins. D’autres parts, un des noms de Yahwe, El Shaddaï, peut être traduit en français selon la tradition hébraïque par « Dieu aux deux seins maternels » ou par « Dieu nourricier ».

Donc, maintenant que nous avons établi que Dieu est aussi bien Père que Mère, je vous invite en ce moment à vous approcher de votre Mère Nourricière afin qu’Elle vous couvre et qu’Elle guérisse vos filiations naturelles.

Ma prière pour vous

Papa, j’aimerais prier pour toutes ses femmes qui ont des relations complexes, tendues ou même inexistantes avec leurs mères ou avec leurs filles. Je sais au fond de mon cœur que ce n’est pas Ta Volonté que tes filles se déchirent, se disputent et qu’elles ne s’entendent pas l’une avec l’autre. Je sais que Tu réserves beaucoup plus pour toutes ses femmes qui souffrent de ne pas avoir réussi à bâtir une relation mère-fille constructive et remplie d’amour. Je te prie de guérir les blessures du passé et d’ouvrir les canaux de la compréhension, de l’acceptation et de la discussion entre elles. Merci pour le cadeau que tu nous as fait, à nous les femmes, de porter la vie et de la transmettre dans les relations que nous bâtissons sur cette terre. Merci Papa parce que Ta Parole nous révèle qu’en plus d’être Notre Père, Tu es aussi notre Mère. Tu nous portes sur Ton sein, Tu nous aimes, nous abrites et Tu nous recueilles. Merci parce que même si nous n’avons plus l’occasion de restaurer une relation avec notre mère naturelle, Tu es et Tu demeureras la Mère par excellence qui nous nourrit et qui nous guérit entièrement par Ton Amour. Amen!

About Author

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anathalie a toujours aimé Dieu. Malgré les chemins tortueux qu’elle a empruntés, Il est demeuré fidèle et ne l’a jamais laissé tomber. Anathalie a grandi dans une petite église méthodiste libre de la communauté haïtienne de Montréal où ses parents étaient impliqués dans le ministère ecclésiastique. Dès un très jeune âge, elle donne sa vie au Seigneur et s’implique à son tour pour l’avancement d l’œuvre de Dieu. Depuis juin 2014, elle fréquente l’église La Chapelle à Montréal où elle met ses dons, ses talents et son expérience au service de l’équipe des opérations et de l’équipe d’accompagnement spirituel de l’église. En 2018, elle entame des études en théologie dans le but de devenir aumônière et de venir en aide aux personnes qui souffrent. « On dit de moi que je suis une femme passionnée, créative, réservée et déterminée. J’ai la dent sucrée, je suis parfois dans la lune, j’aime les vieux films et les feuilletons français et je déteste les pieds… Mais vraiment là! »

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