Enseignement

Apprendre à souffrir sainement : un processus essentiel

Souffrir sainement, c'est savoir comment déstabiliser l'adversaire.
Nathalie Herman Source : USRM Marly-Le-Roi Collage : Le journal d’Anathalie

Ce dont je me suis rendu compte au cours de mon rétablissement de la dépression c’est que je ne savais pas souffrir. Comme la plupart des gens, j’enrayais les situations qui m’apportaient de l’inconfort, de la douleur ou de la souffrance. Chaque personne s’y prend différemment, mais le but reste le même : il ne faut pas ressentir la douleur. Le problème avec la souffrance c’est soit qu’on cherche à l’éviter, soit qu’on s’en accoutume, soit qu’on se bat contre elle alors qu’en fait, la souffrance fait partie de la vie. C’est la première sensation que nous ressentons en sortant du sein maternel et c’est aussi la dernière que l’on éprouve lorsque nous expions, car, quoiqu’on en dise, mourir, même dans son sommeil, c’est toujours douloureux. Souffrir nous fait grandir et croitre fait toujours mal. Par la souffrance nous devrions acquérir la sagesse et apprendre à mieux vivre avec soi, avec Dieu et avec les autres. Puisse que souffrir demeure la meilleure école de la vie, autant apprendre à le faire sainement.

Voici quelques clés que j’ai découvertes pendant mon propre apprentissage :

1. Briser l’isolement

Pour bien souffrir, il faut apprendre à briser l'isolement.
Le journal d’Anathalie

Lorsqu’on souffre physiquement, émotionnellement ou spirituellement, on a tendance à se mettre à l’écart des autres. On se met à fuir notre entourage par orgueil, par honte, ou simplement par manque d’autonomie. Je me souviens d’un jour, au cœur de la dépression, un pasteur m’avait prise à part un dimanche matin pour m’encourager, et ce, sans savoir que j’étais dépressive. Je me rappelle qu’il m’a expliqué que dans la savane, les prédateurs s’arrangeaient toujours pour que les proies les plus faibles s’éloignent du groupe afin de faciliter l’attaque. L’Ennemi de nos âmes se sert de la même stratégie. Il profite de ce que nous sommes isolés dans notre coin pour nous attaquer. Lorsque nous demeurons groupés, nous sommes plus forts et mieux outiller pour faire face à l’Ennemi car nous devenons moins vulnérables à ses assauts. Par tous les moyens, lorsque nous souffrons, cherchons à briser l’isolement et à nous entourer de nos êtres chers. Voici ce que dit l’Ecclésiaste à ce sujet :

Il vaut mieux être deux que tout seul, parce qu’à deux on retire un bon profit du travail. En effet, en cas de chute, l’un relève son compagnon, mais malheur à celui qui est seul et qui tombe sans avoir de proche pour le relever ! Si quelqu’un peut l’emporter contre un seul homme, à deux on peut lui résister; la corde à trois fils ne se coupe pas facilement.

Ec 4 : 9-10, 12

Alors, on sort du lit, on s’appelle et on prend un café ! D’accord ?

2. Se lamenter pour ne pas s’apitoyer

Source : Giphy Collage : Le journal d’Anathalie

L’apitoiement c’est un gouffre sans fin. SANS-FIN ! Lorsqu’on commence à se prendre en pitié, à broyer du noir et à nourrir l’amertume, étonnamment, on ne s’arrête jamais. Notre cœur s’endurcit, nos pensées s’embrouillent et nos discours ne se composent que de paroles de mort. On a l’impression que le fait de s’apitoyer nous apporte du réconfort alors que ça ne fait qu’empirer notre condition en tirant notre esprit et notre âme vers le bas. Si on a besoin de parler franchement de sa douleur, adressons nos plaintes à Dieu qui saura nous écouter, relever nos têtes et même nous secourir. Le roi David et plusieurs autres prophètes de la Bible se lamentaient régulièrement devant Dieu. La principale différence entre la lamentation et l’apitoiement c’est que la première produit en nous l’espérance alors que le second nous tue à petit feu. Je vous conseille d’écouter cet excellent enseignement du pasteur David Pothier sur la pratique de la lamentation.

3. Affronter pour ne pas éviter

Collage : Le journal d’Anathalie

Maintenant, ça se corse… L’évitement ! Le mécanisme de défense par excellence contre la souffrance. Le souci de l’évitement c’est qu’il est souvent la source de plusieurs dépendances : affective (pour éviter d’être seule), abus de substances (pour éviter la réalité et/ou la douleur, un besoin de s’engourdir), sexuelle (pour éviter la solitude, le mal-être, un besoin de s’engourdir et de ressentir constamment l’extase), divertissements excessifs (dont les médias sociaux), jeux vidéo (et toute la panoplie des écrans dont les cellulaires), troubles alimentaires (dont l’abus de sucreries), entraînement physique ou travail excessif… Tout devient un prétexte pour éviter de souffrir… ou de s’ennuyer ! Le truc c’est qu’au final, aucune de ses stratégies ne règle réellement les problèmes sous-jacent à la souffrance. On ne fait que repousser momentanément l’inévitable. Il faut donc apprendre à l’affronter dès qu’elle vient frapper à notre porte au lieu de jouer à l’autruche.

4. Accepter et ne pas se résigner

Pour bien souffrir, il faut savoir lâcher prise!
Collage : Le journal d’Anathalie

Il y a une différence entre l’acceptation et la résignation. Lorsqu’on accepte une situation, on lâche prise sur celle-ci. On reconnaît qu’on n’a pas le contrôle de l’issu et on l’accepte. Lorsqu’on se résigne à une situation, on la subit en serrant les poings. On est frustré par la perte de contrôle et on refuse de se soumettre à ce qui nous arrive. L’apathie ou l’accoutumance est une autre forme de résignation qui peut être tout aussi néfaste. Pour vous donner un exemple, il y a à peu près six ans alors que je m’entrainais, je me suis blessée au nerf sciatique de la jambe gauche. On début ça me faisait un peu mal, mais, les anti-inflammatoires calmaient la douleur, ce qui me permettait de poursuivre l’entrainement. Je me suis entrainée sur ma blessure trois mois avant que ça ne dégénère au point où j’ai compensé sur la jambe droite. La compensation a conduit à des douleurs intenses au bas du dos ainsi qu’à l’autre jambe. Au lieu de me soigner, je m’étais habituée à la douleur, ce qui a gravement empiré mon cas. Le meilleur comportement à adopter aurait été de reconnaître la douleur, de l’accepter et de chercher des solutions pour y remédier.

5. Se battre avec et non contre la souffrance

Morihei Uesshiba, fondateur du Aïkido.

Cette clé est très subtile, mais je vais tenter de l’éclaircir au moyen d’une illustration afin que vous puissiez bien percevoir la subtilité. Lorsque j’étais au cégep, je devais compléter deux cours d’éducation physique dans le cadre de mon curriculum académique. J’ai choisi l’Aïkido, car j’ai de bonnes aptitudes pour les sports de combat.

Contrairement aux autres sports de combat, cet art martial japonais vise à décourager l’attaque plutôt qu’à vaincre l’adversaire. On essaie d’utiliser la force de l’adversaire pour le déséquilibrer et ensuite le contrôler.

Coup de pouce

Ce que j’ai compris, suite à la dépression, c’est que certaine douleur, situation, souffrance, expérience, si pénibles soient-elles sont nécessaires afin de croître et de passer à une autre étape de la vie. Lorsque ça ne va pas bien au travail, nous sommes tentés de démissionner. Si nous avons des problèmes de couples, nous choisissons de divorcer. Or, dans certains cas, il faut demeurer dans l’épreuve et se battre : se battre contre l’épreuve et AVEC la souffrance. L’ennemi n’est pas la souffrance, mais bien l’épreuve qui produit la souffrance. C’est là où se trouve la subtilité. On se bat contre la maladie qui produit la douleur. On se bat contre la jalousie qui amène les conflits et les blessures. Mais on ne se bat pas contre les blessures. Au contraire, la souffrance est un voyant lumineux qui nous indique que quelque chose est en train de se produire soit en bien (la croissance) soit en mal (le dépérissement). Comme avec l’Aïkido, le but de l’attaque n’est pas de vaincre la souffrance, mais de l’utiliser comme levier pour déséquilibrer et contrôler le vrai l’adversaire. Surtout, souvenez-vous qu’en réalité, le combat ne vous appartient pas car si vous Le laissez agir, c’est Dieu Lui-même qui combattra pour vous (Ex 14:14a). Avec Dieu dans votre camps, c’est la victoire assurée contre l’adversaire coup sur coup. Mais pour cela, il faut lui céder le contrôle absolu et Lui faire confiance.

6. Cultiver la reconnaissance

Pour bien souffrir, il faut savoir dire merci.
Le journal d’Anathalie

Je sais… Beaucoup plus facile à dire qu’à faire… Lorsqu’on souffre, on n’a pas vraiment envie d’être reconnaissant. C’est tout à fait vrai. Une de mes meilleures amies souffre d’arthrite rhumatoïde depuis presque quinze. Il y a quelques mois, nous parlions ensemble des leçons que nous avions apprises au travers de la souffrance (croyez-moi, cette femme a obtenu un doctorat dans l’art de souffrir !). Elle m’a dit quelque chose qui m’a bien fait rire et que je saisissais à 200 %.

Elle m’a dit :

Thalie, je me souviens, au début de la maladie, s’il y avait eu un verset de la Bible que j’aurais pu rayer c’est celui qui dit : « Regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience. » (Jc 1 : 2-3) Quand je lisais ce passage ça me m’était tellement en colère. Comment peut-on être heureux de souffrir ? Comment peut-on remercier Dieu pour la douleur ? Mais aujourd’hui, j’ai tellement muri. Je vois les choses différemment. Tous les jours je remercie Dieu pour mon mari et pour mes enfants. La maladie et les épreuves, ce sont simplement des choses que je dois apprendre à gérer.

Elle avait tout dit ! En fait, lorsque nous souffrons, nous devons être intentionnels dans notre désir d’être reconnaissant. Il faut faire preuve de gratitude malgré la douleur et malgré les difficultés. Soyez précis et fixez-vous un objectif comme par exemple, 3 sujets de gratitudes par jour. Fixez-vous un moment prédéterminé pour réfléchir à ce que vous avez reçu et remerciez Dieu. Au début, ça peut être des choses banales (le café, les vêtements, un toit…) juste pour s’exercer à dire merci. Au fur et à mesure où vous remercierez Dieu, vos cœurs et vos yeux s’ouvriront à ses bienfaits et vous pourrez Lui être profondément reconnaissant pour la vie, pour votre famille, pour vos revenues, pour la belle saison, pour la moins belle saison, etc.

7. Faire confiance à Dieu

Pour bien souffrir, il faut savoir faire confiance à Dieu.
Le journal d’Anathalie

Si l’un des versets bibliques qui déplaisaient le plus à ma copine se trouve dans Jacques chapitre 1 verset 2 et 3, celui qui m’aigrissait le plus pendant la dépression était Romains 8 verset 28. « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » Ça m’insupportait lorsqu’on me disait ça ! Ce verset c’est comme une paire de chaussures qui convient à toutes les occasions. On ne sait pas trop quoi dire face à ta souffrance alors on te lance ce verset en pleine face en espérant que ça t’apporte une consolation… Ben pas vraiment… désolée… La vérité c’est que ce verset prend tout son sens APRÈS qu’on soit passé par le feu, lorsque nous sommes à même de constater à quel point Dieu a en effet tourné l’épreuve en notre faveur. La clé au milieu de la souffrance c’est de faire confiance à Dieu et de continuer à Lui faire confiance jusqu’à la fin. C’est correct de ne pas comprendre n’y apprécier le processus. Mais au fond, nous savons que même lorsque Dieu permet l’épreuve, même s’Il n’est pas l’instigateur de celles-ci, Il arrangera toujours les circonstances en notre faveur.

Béni soit l’homme qui fait confiance à l’Éternel et qui place son espérance en lui ! Il ressemble à un arbre planté près de l’eau et qui étend ses racines vers le cours d’eau: il ne s’aperçoit pas de la venue de la chaleur et son feuillage reste vert. Lors d’une année de sécheresse, il ne redoute rien et il ne cesse pas de porter du fruit.

Jer 17 : 7-8

Savoir faire la différence

Ceci est une mise en garde contre ceux qui voudraient interpréter par cet enseignement que c’est la Volonté de Dieu que nous souffrions et que de ce fait, nous ne devrions pas chercher à pallier à nos douleurs. FAUX ! Même au milieu des tribulations, la Bible nous indique que Dieu a des plans de bonheurs et non de malheurs pour ces enfants (Jér 21 : 11). La souffrance ne faisait pas partie du plan originel de Dieu. Il est entré dans le monde suite à la désobéissance d’Adam et d’Ève (Gn 3). Bien qu’elle soit formatrice, la souffrance n’est pas un but en soi. Jésus est venu, Il a souffert la croix, Il est mort et ressuscité pour que nous ayons la vie en abondance (Jn 10 : 10). Il a souffert afin que nous soyons guéris et que nous puissions bénéficier de Sa Victoire sur la mort (Col 2 : 13). Nous ne sommes donc plus condamnables. Nous pouvons (et nous devrions) prier pour être guéris, accepter l’épidural lors de l’accouchement, prendre des médicaments et être traités lorsque nous sommes malades. Une femme (ou un homme) qui subit de la violence physique, psychologique ou économique de son conjoint devrait sortir de cette relation nocive. Un enfant ne devrait pas avoir à subir de l’abus physique, psychologique ou économique d’un parent ou de toute autre personne en position d’autorité. Il faut se battre pour sortir de ces situations et ne jamais accepter de subir les abus.

Plaçons-nous donc en position de combat pour vaincre les épreuves en sachant qu’au final, c’est Dieu qui combattra pour nous et que nous n’avons qu’à nous présenter sur-le-champ de bataille en Lui faisant totalement confiance (Deut 3 : 22).

Voici un aide-mémoire en format PDF à télécharger gratuitement : 7 clés pour apprendre à souffrir sainement.

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About Author

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anathalie a toujours aimé Dieu. Malgré les chemins tortueux qu’elle a empruntés, Il est demeuré fidèle et ne l’a jamais laissé tomber. Anathalie a grandi dans une petite église méthodiste libre de la communauté haïtienne de Montréal où ses parents étaient impliqués dans le ministère ecclésiastique. Dès un très jeune âge, elle donne sa vie au Seigneur et s’implique à son tour pour l’avancement d l’œuvre de Dieu. Depuis juin 2014, elle fréquente l’église La Chapelle à Montréal où elle met ses dons, ses talents et son expérience au service de l’équipe des opérations et de l’équipe d’accompagnement spirituel de l’église. En 2018, elle entame des études en théologie dans le but de devenir aumônière et de venir en aide aux personnes qui souffrent. « On dit de moi que je suis une femme passionnée, créative, réservée et déterminée. J’ai la dent sucrée, je suis parfois dans la lune, j’aime les vieux films et les feuilletons français et je déteste les pieds… Mais vraiment là! »

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