Témoignage personnel

L’impact de notre vie sur les autres

Crédit Photo : Marili Levac

Il y a plusieurs années, lors d’une discussion entre filles, mon professeur de danse nous avait dit que ce qui se produisait dans nos vies, de bien ou de mal, n’avait pas uniquement des répercussions sur nous, mais également sur notre entourage. Elle disait que parfois, l’impact de nos circonstances, bonnes ou mauvaises, était pour le bénéfice des autres : soit pour les bénir, soit dans le but de les former. En l’écoutant parler, je me disais que ce principe était simple à comprendre dans le cadre de bénédictions. Par exemple, on peut penser qu’une personne qui gagne à la loterie pourra en faire bénéficier ses proches ou des organisations caritatives. Mais que penser de la maladie d’un enfant? Comment ce drame peut-il profiter à son entourage? Je me souviens qu’elle avait donné l’exemple d’une de ses élèves, plus âgées que nous, qui était devenue orpheline dès l’enfance. Elle nous disait que le décès de ses parents lui avait permis de devenir une jeune femme courageuse et responsable. Ce que notre prof nous expliquait avait l’air juste dans la mesure où les expériences de la vie nous façonnent, qu’elles soient positives ou négatives. Donc je ne comprenais pas bien la subtilité de son explication jusqu’à dernièrement.

La maladie de mon père

Comme vous le savez, cela fait plus de cinq ans que je suis la proche aidante de mon père. Ainsi, j’ai été au premier banc de sa dégénérescence cognitive. Petit à petit, je l’ai vu perdre chacune de ses facultés : le langage, la concentration, la mémoire, le raisonnement… Ensuite son autonomie, puis ses capacités motrices. Je pense qu’il n’y a rien de plus douloureux que de voir une personne que l’on aime si profondément mourir à petit feu. Le pire c’est qu’il s’en est rendu compte. Il s’est vu partir et se perdre dans ses souvenirs. Il a souffert de se sentir diminuer mentalement. Je l’ai vu pleurer, se lamenter devant Dieu puis espérer un miracle. J’ai vu la maladie ronger son âme, son corps et attaquer son esprit. Malgré tout, ce qui est extraordinaire c’est que, même dans son découragement, même dans l’anxiété et dans la dépression, mon père n’a jamais cessé d’aimer Dieu ni d’espérer la guérison. Même dans ses moments de confusion ou de divagation, le nom de Dieu est toujours demeuré sur ses lèvres. Il se souvient de plusieurs chants et de certains passages bibliques. Souvent, c’est lorsqu’il prie qu’il est le plus cohérent dans son discours. Mon père a toujours aimé la prière et l’adoration. Il aimait Dieu et même avec des facultés affaiblies, il continue de Le louer et de L’adorer.

L’impact de la maladie de mon père sur ma vie

Je ne sais pas ce que cette maladie a produit en mon père. Je ne sais pas si ça l’a rapproché de Dieu, si ça a renforcé sa foi ou si ça l’a fait faiblir. En revanche, je sais ce que sa maladie a produit en moi. En particulier, elle m’a rapprochée de mon père et elle m’a donné l’occasion de lui montrer à quel point je l’aimais. Pas qu’il s’en soit douté : il sait bien que je l’ai toujours aimé. Toutefois, de princesse à papa, je suis devenue sa gardienne. C’est en étant à son service que je lui montre tous les jours que je l’aime.

Je me souviens d’une fois, au début de la maladie, mon père a voulu me montrer comment fonctionnait le panneau électrique de la maison. Il me disait : « Lorsque je ne serai plus capable de m’en occuper, il faut que tu sois en mesure de le faire par toi-même. » Je lui avais répondu que lorsqu’il ne serait plus là, mon mari s’en occuperait et qu’il n’avait pas à se préoccuper de ça. J’étais bien résolue à conserver mon titre de princesse. Toutefois, l’homme propose et Dieu dispose… Ainsi, j’ai bien dû apprendre à rétablir un braker qui saute, à poser un plancher et à utiliser une boîte à outils. Je suis encore une princesse, certes, mais une princesse autonome qui sait se servir d’une perceuse électrique.

Je ne prétends pas comprendre les raisonnements et les desseins de Dieu, par contre, je crois que dans Sa Connaissance parfaite, II devait savoir que le coût de la maladie de mon père était plus petit que le bénéfice que lui et moi pourrions en tirer à long terme.

L’impact de ma dépression sur les autres

Suite à la dépression, j’ai reçu cette conviction que l’expérience que j’avais vécue devait servir aux autres. J’avais pour mission d’être au service de ceux qui souffrent. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de poursuivre des études en théologie pour devenir aumônière et que plus tard, j’ai entrepris le projet du Journal d’Anathalie. Ce qui m’est arrivé m’a non seulement fait grandir, mais Dieu s’en est aussi servi au bénéfice d’autres personnes qui vivent des situations difficiles.

Dans la vie, on ne reçoit pas que des framboises. On peut aussi tomber sur des citrons. On peut soit croquer dedans à pleine dent et faire la grimace tout du long ou transformer les citrons en limonade pour en tirer le maximum de bénéfice. En d’autres termes, on peut se demander sans cesser « Pourquoi ça m’arrive? Pourquoi moi? Pourquoi maintenant? » ou bien méditer sur des questions auxquelles on peut apporter des réponses : « Dans ma situation comment puis-je aider les autres? » Dans quelle mesure ce qui m’arrive a-t-il des répercussions, positives ou négatives, sur mon entourage? Comment puis-je faire une différence? »

Papa, je Te prie pour la vie de cette personne qui lit ce texte aujourd’hui. Je Te prie de soutenir sa vie dans toutes les situations, bonnes ou mauvaises, qu’elle traverse en ce moment. Je Te prie de lui communiquer Ta force et de lui montrer de quelle façon son expérience peut profiter à son entourage. Fais en sorte qu’elle puisse briller quelles que soient les circonstances de sa vie. Amen!

About Author

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anathalie a toujours aimé Dieu. Malgré les chemins tortueux qu’elle a empruntés, Il est demeuré fidèle et ne l’a jamais laissé tomber. Anathalie a grandi dans une petite église méthodiste libre de la communauté haïtienne de Montréal où ses parents étaient impliqués dans le ministère ecclésiastique. Dès un très jeune âge, elle donne sa vie au Seigneur et s’implique à son tour pour l’avancement d l’œuvre de Dieu. Depuis juin 2014, elle fréquente l’église La Chapelle à Montréal où elle met ses dons, ses talents et son expérience au service de l’équipe des opérations et de l’équipe d’accompagnement spirituel de l’église. En 2018, elle entame des études en théologie dans le but de devenir aumônière et de venir en aide aux personnes qui souffrent. « On dit de moi que je suis une femme passionnée, créative, réservée et déterminée. J’ai la dent sucrée, je suis parfois dans la lune, j’aime les vieux films et les feuilletons français et je déteste les pieds… Mais vraiment là! »

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