Bien qu’elle puisse être salutaire face à la menace ou dans des situations périlleuses, faire preuve d’immobilisme n’est pas une stratégie spirituelle encouragée par la Bible. Dans cette troisième partie de la série « Combattre, fuir, ou figer* », nous abordons la réponse de l’inhibition. Nous étudions les aspects spirituels de l’inertie en revisitant quelques cas où ce mécanisme de défense a été accueilli favorablement par Dieu pour l’accomplissement de Son plan salvateur. En particulier, nous examinons la manière dont l’immobilisme de Jésus, depuis son arrestation jusqu’au Calvaire, a réalisé les prophéties d’Ésaïe. Nous en concluons que Jésus est l’Étendard qui devait s’élever au-dessus des nations pour le salut de quiconque croit.

*Figer,, employé sans pronom personnel, est utilisé dans son acceptation québécoise dans le sens de « se figer ».

Introduction

Extrait du feuilleton télévisé Desperate Housewises (Beautés Desespérées) de la chaîne américaine ABC.

Connaissez-vous les Desperate Housewives ? Cette scène est tirée de la télésérie à grand succès produite par la chaîne américaine ABC de 2004 à 2012. On y voit une fillette, Célia, pétrifiée devant l’horreur de la catastrophe qui s’abat sur sa communauté. Le comportement de Célia n’est pas sans rappeler une réaction similaire que j’ai eue l’été dernier dans le tunnel d’Ézéchias en Israël. Dans un article publié en septembre 2021, je fais mention d’un moment où, prise d’angoisse, j’ai voulu m’arrêter : j’étais comme figée par la panique qui s’emparait de mon esprit.

L’acte de s’immobiliser face au danger s’explique par un mécanisme de défense psychologique qui s’enclenche lorsque le cerveau détecte des menaces, qu’elles soient réelles ou perçues. Selon cette théorie, notre organisme aurait trois façons de réagir en cas d’attaque potentielle : se battre (lutter), fuir, ou figer (s’inhiber). Une quatrième réponse s’est ajoutée à ce concept : l’apaisement (ou la soumission) qui est une autre forme d’inhibition. Cette dernière fera l’objet d’un prochain article qui sera publié sur le blogue ce printemps.

Il en est de même pour les menaces spirituelles : nous pouvons combattre, fuir, demeurer dans l’inertie ou chercher à apaiser l’adversaire. Dans les parties 1 et 2 de la série « Combattre, fuir ou figer », nous avons considéré des cas où les réponses « combattre » et « fuir » avaient été adoptées par des personnages bibliques. Cette troisième partie abordera la réponse de l’inhibition qui est une réaction peu bénéfique d’une optique spirituelle, bien que d’un point de vue psychologique elle puisse s’avérer salutaire.

Point de vue psychologique sur la réponse d’inhibition

Se figer : une réponse du système automatique de défense

Avant d’aborder l’aspect spirituel de la réponse « figer », examinons brièvement les propriétés psychologiques de cette réponse qui, à première vue, peut sembler kamikaze.

Crédits: Le journal d’Anathalie

Les mammifères ont recours à cette réaction lorsqu’il n’y a aucun moyen d’échapper au danger, à la menace ou aux facteurs de stress perçus ou réels. Ainsi, le camouflage ou faire le mort sont des mécanismes de défense peu onéreux adoptés par certains animaux pour dissuader ou éviter l’attaque d’un prédateur. Or, sous l’effet de la pression, ce mécanisme peut s’enclencher chez l’humain et lui permettre de s’éclipser en quittant mentalement la situation indésirable. Par exemple, lorsque nous nous évadons par les rêveries, le divertissement ou d’autres activités qui accaparent nos esprits, nous recourons à la réponse d’inhibition.

L’inhibition est également la réponse en cause lorsque nous oublions des événements marquants qui se sont produits dans nos vies. Le but ultime de cette réponse est d’éviter de ressentir des émotions douloureuses. De plus, lors des premiers stades d’un traumatisme, l’inhibition nous donne le temps d’évaluer une situation, et nous rend inoffensif.ve.s aux yeux de l’agresseur. Ensuite, s’il est improbable de s’échapper ou de remporter le combat contre son adversaire, le fait de ne pas réagir pourrait devenir notre meilleure chance de survie.

« L’activation du système inhibiteur de l’action (SIA) survient devant le constat de l’inefficacité de notre action. Si la fuite ou la lutte nous apparaissant impossible, la soumission et l’acceptation du statu quo demeurent alors bien souvent la dernière alternative pour assurer sa survie. Le SIA est le fruit d’une évolution où il empêche temporairement toute action inutile qui ne ferait qu’empirer la situation. »

Source : Le cerveau à tous les niveaux, McGill.

La réponse d’inhibition peut se manifester de plusieurs façons, dont celles-ci :

  • S’immobiliser ou se figer
  • Fixer le regard dans le vide
  • Décrocher de la réalité, se sentir déconnecté, être absent
  • Minimiser les faits (« ce n’est pas grave ») ou nier (déni)
  • Avoir de la difficulté à se concentrer (les pensées accélèrent)
  • Oublier des événements ou des périodes de sa vie
  • Se sentir déconnecté de son corps
  • Avoir une haute tolérance à la douleur
  • Éprouver une incapacité à nommer ou à décrire ses émotions
  • Se sentir détaché de soi ou des autres
  • Se laisser aller à la rêverie
  • Demeurer dans l’inertie
  • Maintenir le statu quo ou persister dans l’indécision

Plusieurs facteurs peuvent déclencher la réponse d’inhibition :

  • Les traumatismes physiques ou psychologiques
  • La maladie physique et psychologique
  • Le stress, les traumatismes
  • La violence, les abus
  • La peur
  • Les conflits (couple, travail, famille, etc.)
  • L’emprisonnement, la séquestration
  • Les ultimatums ou les grandes décisions
  • Le sentiment d’être pris au piège

Les dangers de l’activation chronique du circuit d’inhibition

Ainsi, selon les contextes, cette réponse évolutive peut nous assurer la survie. Il ne faut donc pas se sentir coupable d’être demeuré immobile lors d’une agression ou dans une situation dangereuse. Cependant, comme l’indique Bruno Dubuc sur la page « Le cerveau à tous les niveaux, McGill », « nombreuses sont les personnes qui activent de façon chronique ce circuit pour éviter des représailles. L’inhibition de l’action n’est plus alors qu’une simple parenthèse adaptative entre des actions d’approche ou de retrait, mais une véritable source d’angoisse. C’est ce mal-être qui va peu à peu miner la santé de l’individu. En effet, les conséquences négatives de l’inhibition de l’action sont multiples et ont été abondamment décrites : dépression, maladies psychosomatiques, ulcères d’estomac (troubles alimentaires, boulimie), hypertension artérielle sont les plus évidents. » De même, lorsqu’il est question de croissance spirituelle, la Bible nous enseigne que l’inertie est rarement la stratégie à adopter face à l’adversité.

Point de vue spirituel sur la réponse d’inhibition

Crédits montage : Le journal d’Anathalie

Figer n’est pas dans le vocabulaire de Dieu

Tout d’abord, penchons-nous sur l’une des particularités de la nature de Dieu. Nous l’observons dès le début de la Genèse : Dieu agit constamment. Sa nature est dans l’action et non dans l’inertie.

Analysons la caractéristique de l’action de Dieu et de Sa nature dans Genèse 1 verset 2 :

Et la terre était sans structure (tohu) et vide (bohu) et l’obscurité sur la face des abysses (tehom)

Et l’Esprit (ruakh) de Dieu (elohim) flottant (merachèfèt) sur la face des eaux (mayim).

Gn 1:2, traduction littérale de l’hébreu vers le français par Anathalie Jean-Charles

Ce qui nous frappe dans ce verset c’est que la stérilité fait opposition à la vie. En effet, dans la première partie, la stérilité est soulignée par les mots tohu, bohu et tehom. Tohu fait référence à ce qui est informe, chaotique, confus et non structuré. Bohu a pour sens une vacuité hermétique à la vie. L’origine du terme tohu-bohu, qui caractérise le désordre, provient d’ailleurs de ce verset biblique. Pour finir, tehom est employé surtout dans les textes poétiques pour exprimer les profondeurs sous-marines, les abîmes et les grandes eaux. On peut ici le comprendre comme étant des abysses chaotiques dépourvus de vie aquatique (Bible Project).

À l’opposé, la deuxième partie met en lumière l’action de Dieu dans cet univers obscur et inanimé. Ruakh est le terme qui désigne le vent, le souffle et l’esprit en hébreu. En pensant à l’esprit de Dieu, on peut le décrire comme étant la métaphore d’une force invisible, énergisante et créatrice qui peut animer ou déplacer des entités immobiles (Bible Project). Cette métaphore sous-entend donc l’action du souffle divin qui entraîne le mouvement. Merachèfèt est la forme fléchie (au participe présent) du verbe rachéf qui réfère à l’idée de « planer » ou de « flotter ». Il peut également être compris dans ce verset dans le sens de « couver » ou de « fertiliser ». Mayim c’est l’eau qui renvoie à l’idée de la source de la vie.

Considéré dans son ensemble, on peut discerner que l’esprit de Dieu, suspendu au-dessus des eaux, mobilisait sa force créatrice pour concevoir la vie. Nous parvenons aussi à cette conclusion en observant la transition entre l’état des masses aquatiques qui passent de « abysses » (tehom) à « les eaux » (mayim) par la seule présence de l’esprit de Dieu.

Les points à retenir sur l’inhibition et la nature de Dieu sont les suivants :

  • Le verset oppose la stérilité (tohu, bohu, tehom) et la vie (ruakh, rachéf, mayim.)
  • Dans un milieu hostile, stérile et immobile, Dieu demeure en mouvement.
  • Dieu mobilise la vie au-dessus de la confusion et du chaos.
  • Dieu est vie et la vie est en mouvement, Sa présence et Son souffle appellent la vie.

Par conséquent, nous constatons que la nature de Dieu n’est pas dans l’inertie et que même lorsqu’Il semble figé à un endroit, Sa présence mobilise et conçoit la vie au cœur de l’hostilité. Nous pouvons donc en déduire que là où l’esprit de Dieu se trouve, Il opère constamment des œuvres. Ainsi, dans notre vie spirituelle, nous devrions privilégier les agissements à l’inhibition, car se figer n’est pas dans le vocabulaire de Dieu. En demeurant dans Sa présence régénératrice, nous bénéficions de Ses actions même lorsque nous ne parvenons pas à le percevoir.

Se figer n’est pas une stratégie spirituelle encouragée dans la Bible

Jésus nous enseigne dans la parabole des talents que l’inaction n’est pas une stratégie spirituelle prônée par les principes du Royaume de Dieu. En effet, dans cette parabole, le serviteur qui avait reçu la plus petite somme d’argent, ayant choisi de l’enterrer au lieu de l’investir, s’est vu sévèrement réprimandé et puni par son maître (Mat 25:14-30).

Dans le même ordre d’idées, le livre des Révélations nous informe que l’Ange de l’Église de Laodicée reproche la tiédeur de cette assemblée en ces termes :

Je connais ta conduite et je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Ah ! si seulement tu étais froid ou bouillant ! Mais puisque tu es tiède, puisque tu n’es ni froid, ni bouillant, je vais te vomir de ma bouche.

Ap 3:15-16, BDS

Ce qui attire notre attention dans le passage qui suit c’est que l’auteur du livre dépeint une assemblée déconnectée et insensible à la réalité. On peut aussi discerner qu’elle est préoccupée et distraite par des futilités, détachée de soi et des autres, rêveuse et même… inhibée !

Tu dis : je suis riche ! J’ai amassé des trésors (préoccupée et distraite par des futilités) ! Je n’ai besoin de rien ! Et tu ne te rends pas compte que tu es misérable et pitoyable, que tu es pauvre, aveugle et nue (déconnectée, insensible à la réalité, détachée de soi et des autres) ! C’est pourquoi je te donne un conseil : achète chez moi de l’or purifié au feu pour devenir réellement riche, des vêtements blancs pour te couvrir afin qu’on ne voie pas ta honteuse nudité, et un collyre pour soigner tes yeux afin que tu puisses voir clair (sortir des rêveries et affronter la réalité).

Ap 3:17-18, BDS, versets commentés par Anathalie Jean-Charles

Ainsi, d’un point de vue spirituel, l’inhibition entraîne le peuple de Dieu à ne plus tenir compte de son état réel, à s’enorgueillir et à être aveuglé par la vanité. Ce faisant, ceci les empêche d’accorder de l’importance aux priorités du Royaume et à ce qui touche le cœur de Dieu. S’immobiliser est donc une réaction dangereuse qui mène tout droit vers la perte. De ce fait, ces passages nous poussent à conclure que la réponse de « figer » n’est pas une stratégie spirituelle qui est soutenue par les enseignements bibliques.

Se figer : lorsque Dieu nous demande de ne pas bouger

En général, la Bible nous exhorte à marcher (Gn 5:18-24), à avancer (Gn 19:26; Ex 14:21-27; Mt 14:22-33), à affronter nos peurs (Js 1:9 ; Jg 6:14) à prendre nos responsabilités (2Sa 12:13-24), à se dresser contre l’injustice (2Sa 12:1-6; Mi 6:8) et à nous appuyer sur Dieu (1Sa 30:6; 2Ch 14:11-12). Toutefois, certains récits nous démontrent que Dieu peut nous demander de ne pas bouger ou approuver que nous n’agissions pas. Dans ce cas, voici ce qu’Il souhaite nous enseigner :

  • À L’attendre (1Sa 12 ; cf. Saül)
  • À Lui obéir (ibid.)
  • À Lui faire confiance (ibid.)
  • Qu’Il nous défend (Num 12 ; cf. Miriam et Aaron parle contre Moïse)
  • Qu’Il combat pour nous (Ex 14:13-14; Exode du peuple d’Israël)
  • Qu’Il veut se manifester puissamment (ibid.)

Dans Exode 14 les versets 13 et 14 (le passage de la mer des Joncs), Moïse incite le peuple à rester en place. Plus exactement il les implore de ne pas retourner en Égypte malgré la menace de l’armée du pharaon qui s’approche vers eux.

Voici l’exhortation de Moïse envers le peuple qui demeure sur place (Ex 14:13-15) :

– N’ayez pas peur

Moïse a conscience que c’est la peur qui motive le peuple à vouloir se rendre au pharaon. Malheureusement, la peur est une bien mauvaise conseillère. Dieu ne motive jamais nos actions par la peur. Dans la deuxième partie de la série Combattre, fuir ou figer, nous avons vu que Dieu a ordonné à Agar de retourner vers sa maîtresse Saraï afin d’affronter ses responsabilités. Ce n’était pas la crainte des représailles ou de l’inconnu qui l’ont poussé à rebrousser chemin.  Elle est retournée par courage afin de faire face à la situation. Dans l’immobilisme, nous devons chasser nos peurs.

– Restez en place

Dans l’agitation, le peuple devait probablement s’être éparpillé, plusieurs avaient peut-être même entamé la route inverse. Pourtant, nous sommes plus fort lorsque nous demeurons uni.e.s et que nous agissons d’un seul corps. Rester en place signifie se tenir avec le peuple de Dieu, quoiqu’il arrive. Ne regardons pas derrière nous, mais fixons les yeux en haut, vers Dieu.

– Regardez la délivrance que l’Éternel va vous accorder aujourd’hui

En demeurant sur place, Moïse exhorte le peuple à garder les regards fixés sur Dieu qui est l’instigateur de leur salut. Lorsque Dieu nous demande de ne pas bouger, Il souhaite que nous Lui fassions confiance. Un peu comme Son esprit flottait au-dessus des masses informes en générant la vie, Il souhaite que notre foi flotte au-dessus des situations difficiles lorsque nous plaçons notre espoir en Lui. Aussi, lorsque nous gardons les yeux grands ouverts dans Sa direction, nous ne sommes plus distraits par ce qui se passe en nous. Nos craintes fuient.

– C’est l’Éternel qui combattra pour vous

Dieu n’exigera jamais que nous demeurerions immobiles sans qu’Il combatte puissamment à notre place. Dans tous les cas, nous sommes toujours parties prenantes dans les combats qu’Il mènera pour nous. En effet, l’espérance n’est jamais passive : bien qu’Il puisse nous demander d’attendre ou de demeurer en place, Il ne veut pas que nous soyons pétrifié.e.s ou inertes.

– Gardez le silence

La traduction de Second 21 rapporte : « C’est l’Éternel qui combattra pour vous. Quant à vous, gardez le silence. » Autrement dit, pendant que Dieu opère le boulot, la responsabilité du peuple est de se taire. Au verset suivant, l’Éternel demandera à Moïse « Pourquoi ces cris ? » au son des gémissements du peuple. Nous nous lamentons à Dieu quand nous attendons une réponse de sa part. Lorsqu’Il nous a répondu, le temps des larmes doit prendre fin. Garder le silence est une discipline spirituelle qui peut aussi s’apparenter à l’adoration. Nous nous taisons en signe de soumission et de foi envers Dieu.

– Lève le bâton et tends ta main

Au verset 16, l’Éternel commande à Moïse de lever son bâton afin de fendre la mer des Joncs en deux. Dieu nous implique à nouveau dans la réalisation de Son œuvre : en nous demandant de poser un acte figuratif. Il peut nous ordonner d’agir symboliquement en levant les mains, en ouvrant les bras, ou en accomplissant tout autre geste qui sera activé spirituellement. On peut facilement tracer un pointillé entre cet événement miraculeux et celui qui se produira au chapitre 17, lors du combat contre les Amalécites. Moïse élèvera son bâton comme un étendard pour signifier à l’ennemi que c’est l’Éternel qui combat surnaturellement pour Israël.

Se figer : se placer sous l’étendard d’Adonaï Nissi

Longtemps j’ai eu de la difficulté à comprendre en quoi un bâton pouvait être un étendard. Mes recherches m’ont appris que dès l’âge de bronze, on portait des signes militaires sur les champs de bataille. Les premiers signes ou étendards de guerre incluaient des cocardes, des rubans et des drapeaux, mais également des vexilloïdes. « Un vexilloïde est un objet semblable à un drapeau utilisé par des pays, des organisations ou des individus comme forme de représentation autre que les drapeaux ». (Wikipedia).

Une illustration de onze vexilloïdes romains impériaux.
Source : Wikipedia

Ainsi, dans le récit du combat à Rephidim contre les Amalécites, le geste de Moïse est fort significatif. Rappelons que les descendant.e.s d’Amalek vinrent livrer bataille à Israël dans le désert alors qu’il sortait tout juste de la servitude et qu’il était affaibli par de nombreuses épreuves (Dt 25:17-18). D’un point de vue biblique, nous pouvons considérer les Amalécites comme une image des satans et des principautés du monde des ténèbres (Biblequest). Ce sont des êtres méchants qui guettent les moments de vulnérabilités de ses adversaires afin de les surprendre de manières déloyales par l’attaque. Or, Moïse monta au sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main pendant que Josué combattait Amalek au pied du monticule (Ex 17:9). Lorsque Moïse levait la main, Israël était le plus fort, lorsqu’il la baissait, Amalek reprenait le dessus (Ex 17:11).

Ce bâton est l’un des bras par lequel Dieu agit, et ce, bien avant cet affrontement. C’était l’outil dont Moïse se servait pour conduire les troupeaux de son beau-père (Ex 3:1), et dont Dieu se servait pour accomplir des prodiges. En effet, lors de son appel, Moïse avait bataillé avec Dieu jusqu’à ce que par exaspération, l’Éternel lui accorde un acolyte en la personne d’Aaron.

Moïse objecta :

Et s’ils ne me croient pas et ne m’écoutent pas, s’ils me disent : « L’Éternel ne t’est pas apparu » ?

— Qu’as-tu dans la main ? lui demanda l’Éternel.

— Un bâton.

— Jette-le par terre.

Moïse jeta le bâton par terre et celui-ci se transforma en serpent. Moïse s’enfuit devant lui, mais l’Éternel lui dit : tends la main et attrape-le par la queue !

Moïse avança la main et saisit le serpent, qui redevint un bâton dans sa main.

Ex 4:1-5, BDS

Moïse n’avait pas compris qu’en acceptant de participer à Son plan, Dieu pouvait l’utiliser ainsi que le peu qu’il avait en main pour accomplir l’impossible. Toutefois, à mesure où le dénouement des fléaux d’Égypte se développe, Moïse semble prendre de l’assurance, car Dieu ne passera plus par Aaron pour épouvanter le pharaon. C’est son propre bâton, celui-là même qu’il appelle le bâton de Dieu, qui amènera le septième fléau sur l’Égypte (Ex 9:22-23). Il détenait donc tout le nécessaire pour mener à terme la mission que Dieu lui avait présentée.

D’autre part, puisque Moïse était âgé de 80 ans lorsqu’il fut appelé par Dieu et Aaron en avait 83 (Ex 7:7), leurs bâtons devaient aussi leur servir d’assistance pour la marche. Ainsi, lorsque Moïse proclame dans Exode 17 verset 15 que « l’Éternel est mon étendard » (Yahwe Nissi), il affirme revêtir le signe de l’Éternel. De plus, il déclare qu’Il est celui sur lequel Il s’appuie pour accomplir le mandat que Dieu lui a confié. Aussi, lorsque nous nous retrouvons au milieu du champ de bataille, et que l’ennemi a l’avantage sur nous, nous devons nous placer sous notre Étendard. Ayons l’assurance que ce que nous avons en main est suffisant et que nous sommes dans le bon camp. Par-dessus tout, appuyons-nous fermement sur Lui.

D’autres exemples où Dieu approuve l’immobilisme des protagonistes dans les récits bibliques :

Nous concluons cet aparté sur Adonaï Nissi en présentant trois occurrences où Dieu approuve l’inaction des protagonistes.

Isaac (Gn 22 :1-14)

Quand ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham construisit un autel et y disposa les bûches. Puis il ligota son fils Isaac et le mit sur l’autel par-dessus le bois. 

Gn 22:9, BDS

On imagine souvent un jeune Isaac se débattant avec son vieux père afin de l’empêcher de mener à terme son filicide. Toutefois, le texte n’indique aucunement que le fils se soit opposé au projet funeste d’Abraham. Par ailleurs, « selon le midrash, Isaac aurait 37 ans au moment de cet épisode, c’est donc une victime consentante qui s’avance vers l’autel du sacrifice ; la cruauté du geste paternel s’en trouve atténuée, et Isaac, au même titre que son père, devient un modèle de foi » (Bibliothèque nationale de France).

Joseph (Gn 37-50)

Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, cette tunique splendide qu’il portait. Ils se saisirent de lui et le jetèrent au fond de la citerne. Elle était vide ; il n’y avait pas d’eau dedans.

Gn 37:23-24, BDS

Ici aussi, l’auteur n’indique pas que la victime, Joseph, ait résisté à ses agresseurs. Il sera vendu par ses frères à des Ismaélites et deviendra esclave en Égypte. Ce n’est que vingt ans plus tard qu’ils seront tous réunis et que Joseph déclarera à ses frères :

Vous aviez projeté de me faire du mal, mais par ce que vous avez fait, Dieu a projeté du bien en vue d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux.

Gn 50:20, BDS

Par leur abnégation, Isaac et Joseph sont considérés comme des types de Christ. Dans ses narrations, il est question d’un sacrifice qui préfigure le salut d’un grand nombre. En effet, nous pouvons voir dans le geste d’Abraham, le sacrifice du fils unique de Dieu le Père lorsqu’il envoya Jésus mourir à la croix. Pour sa part, Joseph pardonne à ses frères l’horreur qui lui a été infligée en réalisant l’ampleur de l’œuvre de Dieu qui transforma le mal en bien. C’est aussi dans le but de sauver le plus grand nombre que Jésus se laisse arrêter dans le jardin de Gethsémané (Lc 22:47-53), tout en sachant ce qui lui attendait.

Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi: Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

Mt 26:39, LSG

Se figer : l’immobilisme de Jésus en chemin vers la croix

Crédits montage : Le journal d’Anathalie

Jésus comparut devant le gouverneur qui l’interrogea.

— Es-tu le roi des Juifs ? lui demanda-t-il.

— Tu le dis toi-même, répondit Jésus.

Mais ensuite, quand les chefs des prêtres et les responsables du peuple vinrent l’accuser, il ne répondit rien.

Alors Pilate lui dit : tu n’entends pas tout ce qu’ils disent contre toi ?

Mais, au grand étonnement du gouverneur, Jésus ne répondit pas même sur un seul point.

Mt 27:11-14, BDS

C’est un Jésus peu loquace qui comparait devant Ponce Pilate, préfet de l’Empire romain sur la Judée (National Geographic). Les évangiles de Mathieu et de Luc dépeignent un Messie avare de paroles et doté d’un grand flegme face aux accusations de ces détracteurs (Lc 23:1-11). Il ne répond ni ne se défend de l’injustice qui lui est infligée. Le prophète Ésaïe annoncera la mise à mort du Christ comme suit :

Il a été maltraité, il s’est humilié et n’a pas ouvert la bouche. Pareil à un agneau qu’on mène à l’abattoir, à une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n’a pas ouvert la bouche.

Es 53:7, S21

Les textes d’Esaïe ne laissaient présager que d’immenses souffrances pour Celui qui devait, naître, vivre et mourir pour le salut de l’humanité. Il avait aussi annoncé que « le rejeton d’Isaï sera là comme une bannière pour les peuples ; les nations se tourneront vers lui, et la gloire sera sa demeure » (Es 11:10, LSG). L’Évangile de Jean rapporte également cette image au chapitre 3 :

Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.

Jn 3:14-15, LSG

En effet, nous lisons dans le récit des serpents venimeux (Num 21:4-9) que l’Éternel commanda à Moïse de fabriquer un serpent en métal et de l’accrocher sur une perche. Car « celui qui aura été mordu et qui fixera son regard sur ce serpent aura la vie sauve. » (Num 21:8, BDS). À l’instar de l’étendard qu’avait érigé Moïse dans le désert afin que le peuple soit guéri, Jésus fut lui aussi érigé à Golgotha comme un étendard pour la guérison et le salut de l’humanité.

L’immobilisme que Dieu cautionne est celui qui concorde avec Son plan salutaire pour les nations. Isaac et Joseph étaient figés face à l’horreur dont ils étaient victimes. Dans Son Amour, Dieu avait prévu l’œuvre rédemptrice pour eux et pour tous ceux qui viendraient après eux. Effectivement, Moïse et le peuple restèrent en place dans le désert pour devenir les témoins de la puissance de l’Éternel. Dans l’adversité, ils ont vu leur Étendard élevé, leur accordant la vie sauve.

Parallèlement, aux vues du sacrifice de Jésus à la croix, il est indéniable que Dieu avait voulu envoyer un message clair aux Israélites et aux Amalécites lors du combat au désert de Réphidim. Il n’y a qu’un seul Étendard qui puisse garantir la victoire sur les dominations, sur les autorités, sur les princes de ce monde de ténèbres, et sur les esprits méchants dans les lieux célestes (Ep 6:12). Lors de ce combat, Dieu s’est révélé à Israël comme étant Yahwe Nissi (L’Éternel mon Étendard).

Cet Étendard s’est élevé comme un symbole fort dans le désert sous la forme d’un bâton, puis d’un serpent de bronze et enfin en la personne de Jésus-Christ. Chacun de ses événements est inscrit comme des signaux de l’action continue de Dieu pour que nous puissions vivre des vies libres de toutes condamnations à l’égard du péché. Jésus-Christ est la victime volontaire qui a fait preuve d’immobilisme jusqu’à ce qu’il soit élevé comme un étendard sur la croix. Jésus est le seul Étendard qui nous procure la guérison, le pardon des péchés et la vie éternelle.

Récapitulatif de la troisième partie et contexte d’application

Dans cet article nous avons vu que

  1. L’acte de s’immobiliser face au danger s’explique par un mécanisme de défense psychologique qui s’enclenche lorsque le cerveau détecte des menaces, qu’elles soient réelles ou perçues. (Atteindre l’emplacement)
  2. Le but ultime de cette réponse psychologique est d’éviter de ressentir des émotions douloureuses et de nous protéger des impacts néfastes d’un traumatisme. (Atteindre l’emplacement)
    • Lorsque la fuite ou la lutte nous apparaissant impossible, l’acceptation du statu quo devient la dernière alternative pour assurer la survie.
    • Nombreuses sont les personnes qui activent de façon chronique ce circuit pour esquiver les représailles, ce qui augmente leurs angoisses et entraîne des troubles de santé importants. (Atteindre l’emplacement)
  3. D’un point de vue spirituel, l’inertie n’est pas une stratégie encouragée par les enseignements bibliques.
    • La nature de Dieu n’est pas dans l’immobilisme. Même lorsqu’Il semble figé à un endroit, Sa présence mobilise et conçoit la vie au cœur de l’hostilité (Gn 1:2). (Atteindre l’emplacement)
    • L’inhibition entraîne le peuple de Dieu à se déresponsabiliser (Mat 25:14-30), à ignorer son état spirituel réel, à s’enorgueillir et à être aveuglé par la vanité (Ap 3:15-18). (Atteindre l’emplacement)
  4. Dieu ne requerra jamais que nous demeurions immobiles sans qu’Il ne combatte puissamment à notre place.
    • Pour Dieu, se figer n’est pas synonyme de passivité : bien qu’Il puisse nous demander d’attendre, de ne pas bouger ou de demeurer en place, Il ne veut pas que nous soyons pétrifié.e.s, inertes ou sans vie. (Atteindre l’emplacement)
    • Dieu souhaite toujours que nous soyons parties prenantes dans l’œuvre qu’Il accomplit, même lorsque nous n’agissons pas explicitement. (Atteindre l’emplacement)
  5. Lorsque nous nous retrouvons dans la détresse et que l’adversaire a l’avantage sur nous, nous devons nous placer sous notre Étendard en la personne de Jésus-Christ. (Atteindre l’emplacement)
  6. Jésus-Christ a été élevé comme un étendard à Golgotha sur la croix afin que nous soyons guéri.e.s, pardonné.e.s, sauvé.e.s et que nous ayons la vie éternelle. (Atteindre l’emplacement)
  7. L’immobilisme que Dieu cautionne est celui qui concorde avec Son plan salutaire pour l’humanité.

Dans l’adversité, si tu doutes de la façon dont tu devrais procéder, prie, remets-toi à Dieu, et sois attentif aux conseils qu’Il te transmettra. S’il te demande d’attendre, fais-le sagement, en gardant le silence et en Lui faisant entièrement confiance. C’est lui qui combattra pour toi.

En ce jour du vendredi Saint 2022

Au cours des derniers siècles, les chrétiens de la Réforme ont délaissé le Crucifix et les signes religieux ostentatoires au profit de la sobriété. Ce faisant, les protestants semblent moins enclins à considérer Jésus attaché au bois privilégiant la croix glorieuse, le tombeau vide et le Christ ressuscité. Mon exhortation en ce jour du vendredi Saint est de commémorer le signe de Jésus qui a été élevé aux vues et aux sus de tous, comme un Étendard, à la croix. Car c’est par cette exhibition scandaleuse et par ce sacrifice public que nous sommes devenus enfants de Dieu. Revêtons donc fièrement le signe de notre appartenance au peuple de Dieu, le Christ crucifié.

Sources et références

La Sainte Bible

The Bible Project Podcast

Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS)

Le cerveau à tous les niveaux, McGill

Devine Strength and Physiotherapy: Stress Response, Freeze

Psychology Tools: Responses to Threat, Freeze, Appease, Flight, Fight

War flags: Wikipedia

Vexilloid: Wikipedia

BnF : Expositions, les galeries virtuelles de la bibliothèque nationale de France

Amalek et le combat contre Amalek : Biblequest

Amalec, ou l’ennemi héréditaire dans le midrash rabbinique

Ponce Pilate le juge controversé de Jésus : National Geographic