Everybody's hurt

Le mythe de la femme forte

Nous en connaissons tous une dans notre entourage. Elle est gracieuse, solide comme un roc et toujours en maitrise d’elle-même. Elle semble toujours avoir un coup d’avance sur les autres, elle a toujours les bonnes réponses et elle semble inébranlable malgré vents et marées. Je parle de la fameuse femme forte, souvent appelée bosslady ou encore badass. Je le sais très bien parce que j’étais cette femme… du moins, c’est ce qu’on dit de moi.

Nous la connaissons toutes : elle est gracieuse, solide comme un roc et toujours en maitrise d’elle-même.
La Bree Van der kamp des Desperate Housewives se cache peut-être en vous.
Source : Elle & Freelance

C’est génial, vous me direz. Et moi de répondre : pas tout à fait et ce, pour plusieurs raisons. Avec de la sagesse, je peux maintenant dire qu’il y a, dans cet attribut, un certain danger et une certaine pression. Je n’ai jamais cherché à être cette femme. En fait, avant de connaitre Dieu, ma vie et les épreuves traversées me laissaient croire qu’être forte était le seul chemin possible.

La femme forte en devenir

Dès la préadolescence, j’ai eu à grandir plus vite qu’il le fallait. Je pense par exemple à ma première expérience avec le deuil à l’âge de 11 ans. Notre famille, composée de 4 filles, venait d’accueillir un petit garçon. Nous étions tellement heureux! On se battait même pour s’en occuper. Comme il était aimé ce petit garçon! Ma mère, qui nous aimait d’un amour inconditionnel, venait de redécouvrir la maternité et une complicité sans pareil avec son fils. Ce moment de bonheur fut de courte durée; un mois après sa naissance, un matin, il ne respirait plus et il quittait ce monde. Une tragédie dévastatrice que je n’ai pas tout de suite comprise. Pourquoi? Parce que je ne devais pas pleurer trop, il fallait ménager maman. Parce qu’à cet âge, on ne nous explique pas ce qu’est le syndrome de la mort subite du nourrisson. Parce qu’il faut être forte pour maman.

Les épreuves qui nous forgent

Vient ensuite l’adolescence et le secondaire. Période particulièrement mouvementée à la maison puisque ça ne va pas vraiment mieux depuis la mort de mon frère, mais « on ne peut pas vraiment en parler » me dit-on. C’est une période où je suis confrontée à de nombreuses souffrances qu’on ne nommait pas à mon époque. Aujourd’hui, on appelle ces souffrances intimidation, agression, diffamation et trahison. Une période de ma vie où j’apprends jeune mais vite que les être humains, même s’ils disent t’aimer, même s’ils font partie de tes proches, ces mêmes personnes peuvent te faire mal. Encore une fois, comme à 11 ans, je suis laissée à moi-même avec ces émotions et ce mal-être que je ressens pour la première fois. Pourquoi? Parce que « ce n’est pas grave », parce que « j’exagère » ou encore, parce que « si ce qui circule a été dit à mon sujet, ça doit être vrai. » Vu toutes ces « bonnes raisons », je réplique la recette que je connais : je dois « rester forte. »

Plusieurs autres événements dans ma vie m’amènent à répéter cette fameuse recette qui me permet de rester forte : de nombreuses peines d’amour, le divorce de mes parents, subvenir à mes besoins à un jeune âge en allant à l’université, perdre contact avec ma mère pendant quelques années, soutenir un proche à travers des problèmes de santé mentale… la liste est longue. Ayant vécu de nombreuses trahisons et ayant été jugée par plusieurs personnes que je considérais comme des proches, je n’ai plus aucune confiance en mon entourage. Je me referme donc comme une huitre et je « reste forte ».


Huître ouverte avec perle isolé sur fond blanc.
Lorsque nous nous refermons sur nous-même, nous empêchons au monde de découvrir la perle qui se cache dans notre creux. Se rendre vulnérable, c’est prendre le risque de s’ouvrir aux autres afin qu’ils voient ce qu’il y a de plus précieux en nous.

Tout ceci se passe loin des regards. Mon entourage vous dira qu’il voyait une fille sérieuse mais mystérieuse. Une fille qui rentre bien dans le moule et les standards sociaux de l’époque. J’étais même devenue ce roc, ce refuge pour plusieurs personnes. Cette personne stable et logique qui pouvait rassurer toute personne à la recherche de conseils ou de sérénité. Mais à l’intérieur, cette jeune femme était complètement inadaptée émotionnellement. Parce que tout ce qu’elle avait appris, c’était « d’être forte ». Je ne savais pas aimer, je ne savais pas être triste, incapable de demander de l’aide, ni exprimer ma colère. Être forte est la seule chose que je savais faire et j’ai trainé ça avec moi pendant de nombreuses années. Comme un mode « pilote automatique. »

Dieu à la rescousse de la femme forte

C’est à ce moment que vient Dieu. Mon contexte familial étant complexement religieux, je connaissais la bible mais je n’avais pas de relation spirituelle avec Lui. La vie m’a finalement amenée à joindre une église où j’ai expérimenté pour la première fois la paix de Dieu. Je me rappelle avoir écouté le message du jour qui parlait de la grâce et la paix de Dieu, notamment à travers deux passages :

Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.  

Philippiens 4 :6-7

Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, Et ne t’appuie pas sur ta sagesse; Reconnais-le dans toutes tes voies, Et il aplanira tes sentiers.

Proverbes 3 :5-6

À ce moment, pour une raison qui m’est toujours inconnue, je me suis mise à pleurer. Sans cesse. Toute la journée. C’est comme si le début du déblocage de mes émotions commençait. En discutant avec des membres de l’église, on m’a rassuré sur ce que je ressentais et on m’a appris à accueillir ce qui serait le début d’un long processus de guérison. (Je dois avouer qu’en écrivant ces lignes, je me suis mise à pleurer. C’est encore un peu fragile.)

Dieu est ma force

À travers ce processus de guérison et le début de cette relation spirituelle qui changera ma vie, j’ai compris que Dieu ne nous demande pas de nous appuyer sur nos propres forces. Il a déjà donné ce qu’Il avait de plus cher pour que nous ayons une vie dans la paix et la joie. J’ai compris que nous avons tous une limite humaine et il faut l’accueillir. Dieu nous dit :

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.

Matthieu 11 :28

J’ai aussi appris à m’appuyer complètement sur Lui. Ça fait aussi partie de la foi; d’avoir de l’espérance sur les choses qu’on espère mais qu’on ne voit pas. Ce n’est pas chose simple; toutefois, lorsqu’on découvre la paix de Dieu, on réalise que peu importe ce qui se passe, peu importe ce qu’on ressent, Dieu est avec nous et Il nous montrera le chemin.

Le processus de guérison pour devenir une femme forte en Christ

Ce fut presque comme un processus de réhabilitation. J’ai dû apprendre à verbaliser mes émotions, à travers un journal entre autres. J’ai dû apprendre à m’ouvrir à une ou deux personnes, question d’avoir du soutien lorsque je ressentais ces nouvelles émotions. J’ai dû aussi apprendre à dire « je t’aime » « peux-tu m’aider », « j’ai de la peine » ou encore « je ne me sens pas bien ». Ça semble banal pour certains, mais ce fut toute une démarche pour moi.

Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux mais le marathon se poursuit. Il y a des moments où ça va trop vite, où la vie me présente des épreuves, et ces vieilles habitudes veulent revenir. J’ai parfois envie de redevenir « forte » pour me protéger. Les dernières années ont amené une succession d’épreuves qui m’ont permises de m’appuyer davantage sur Dieu; je pense entre autres au décès de ma mère, une séparation douloureuse et la perte d’amitiés précieuses. Autrefois, je me serais renfermée et j’aurais prétendu que mes émotions n’existent pas. Mais aujourd’hui, je ne prends plus ce fardeau. Je remets toutes circonstances entre Ses mains parce que je sais que Son plan pour ma vie est parfait. Il n’a jamais dit qu’il n’y aurait pas d’épreuves; Il nous dit plutôt que :

Toute arme forgée contre toi sera sans effet.

Esaïe 54 :17

Ne crains rien, car je suis avec toi; Ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu; Je te fortifie, je viens à ton secours, Je te soutiens de ma droite triomphante.

Esaïe 41 :10

Ma prière pour toi

À toi, chère femme forte qui lit ceci. J’ai envie de te dire que tu as le droit d’être épuisée. Tu as le droit de ressentir ce que tu ressens. Tu as le droit d’être épuisée de donner constamment de ton amour, de ton temps, de ton énergie sans avoir la possibilité de reprendre des forces. Je prie le Seigneur que tu puisses ouvrir ton cœur. Que tu puisses t’appuyer complètement sur Lui, et non sur tes propres forces. Je prie que tu puisses confier à Dieu tout ce que tu ressens, même si c’est indescriptible. Que tu puisses ressentir la paix qui surpasse toute intelligence et toutes circonstances. Et que ce fardeau qui pèse sur ton esprit puisse laisser place au joug léger de Dieu afin que tu puisses voir la volonté de Dieu pour ta vie qui est parfaite et agréable. Au nom de Jésus j’ai prié ainsi, Amen.

Life will break you. Nobody can protect you from that, and living alone won’t either, for solitude will also break you with its yearning. You have to love. You have to feel. It is the reason you are here on earth. You are here to risk your heart. You are here to be swallowed up. And when it happens that you are broken, or betrayed, or left, or hurt, or death brushes near, let yourself sit by an apple tree and listen to the apples falling all around you in heaps, wasting their sweetness. Tell yourself you tasted as many as you could.”

Louise Erdrich (writer)

La vie vous brisera. Personne ne peut vous protéger de cela, et vivre seul ne le pourra pas non plus, car la solitude vous brisera également avec son désir. Il faut aimer. Vous devez ressentir. C’est la raison pour laquelle vous êtes ici sur terre. Vous êtes ici pour risquer votre cœur. Vous êtes ici pour être englouti. Et quand il arrive que vous soyez brisé.e, ou trahi.e, ou laissé.e, ou blessé.e, ou que la mort vous touche, asseyez-vous près d’un pommier et écoutez les pommes tomber tout autour de vous en un tas, gaspillant leur douceur. Dites-vous que vous en avez goûté autant que vous le pouviez. »- Louise Erdrich (écrivaine) Traduction libre


About Author

​Candice Maxis est une Directrice Principale Ressources Humaines chez Deloitte; elle travaille avec des gestionnaires à établir des stratégies pour attirer, retenir et développer leurs employés. Au quotidien, elle souhaite inspirer les autres à développer leur plein potentiel, tout en aidant les voix sous-représentées à être vues, entendues et soutenues de manière constructive. Femme de Dieu déterminée, son authenticité, son sens des affaires ainsi qu’une touche d’humour lui ont valu des réalisations et une notoriété remarquables au niveau professionnel. Candice est titulaire d’un baccalauréat en gestion des ressources humaines de l’ESG-UQÀM et elle est membre de l’ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec. Désireuse d’être un modèle pour les plus jeunes, elle s’implique socialement et agit à titre de conférencière à l’occasion. Elle a été nominée par Canada International Black Women Event (CIBWE) comme l’une des 100 femmes noires à suivre au Canada en 2019 et elle a été sélectionnée par Concertation Montréal (CMTL), comme l’une des ambassadrices 2019 du Groupe des Trente, qui vise à promouvoir la diversité au sein de conseils d’administration (CA) et inciter d’autres personnes talentueuses à suivre leurs pas.

2 Comments

  • Sara
    12 novembre 2020 at 15:49

    C’est un texte très émouvant et rempli de sagesse. Merci pour ce beau témoignage!

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