Everybody's hurt

Le deuil : Quand la mort frappe

Tout le monde sait que chaque empreinte digitale est unique et qu’il n’en existe pas deux pareilles parmi les milliards d’humains sur terre… le deuil est comme une empreinte digitale : il se vit de façon unique, propre à chacun. La perte d’un être cher est probablement la plus grande souffrance de la vie. Personne ne peut vous épargner cette douleur, mais il est possible, sur ce chemin, de trouver du réconfort…

Poème sur le deuil de Benoît Marchon
Source : Deuil Comemo

Le film tourne en boucle dans votre tête, vous réentendez la sonnerie du téléphone, les sanglots étouffés et l’annonce fatidique : il est mort. Vous vous rappelez les sensations terribles de sueur froide, de difficulté à trouver votre air. C’est comme si, à ce moment précis, vous aviez perdu pied et entamé une chute libre… cela fait des semaines, des mois, il y a eu les funérailles, les condoléances, les visites, les sympathies et les petites attentions. Personne ne vous laissait seule au début, ils avaient peut-être peur pour vous et, pleins de bonnes intentions, ils voulaient vous entourer. Et puis le discours a changé, « allez, reprends-toi, la vie doit continuer, cela fait plus de six mois, tu devrais passer à autre chose » … et tranquillement c’est comme si vous aviez l’impression de vivre un détachement de tout ce monde, une envie d’être laissée tranquille. En fait, on vous dit de reprendre pied, mais pour vous, c’est encore la chute libre, une impression d’être perdue dans un marasme d’émotions toutes plus souffrantes les unes que les autres.

Le deuil, vous en aviez entendu parler, on vous a dit qu’il existait des phases, que c’était normal de passer par plusieurs émotions et que tranquillement vous y arriveriez. Mais cela fait des mois et vous avez l’impression que là, c’est vous le problème, que cela devrait aller mieux, mais constamment, le film rejoue, la chute libre, le nœud d’émotions… ça parait pire maintenant. Pourquoi ?

Sidération, choc et déni

Au début, c’était le choc, la sidération, et quelque part vous aimeriez retourner à ces premières sensations de flottement, d’engourdissement, parce que c’était moins profondément souffrant que maintenant. Vous aviez même eu la force de vous habiller et de rester debout aux funérailles, de paraitre digne et forte.

« L’organisme possède un mécanisme de sécurité [engourdissement] qui nous protège du raz-de-marée émotionnel qui propulserait autrement notre rythme cardiaque et notre pression artérielle à des niveaux physiquement dangereux »

Dr Tony Lake

Ces mots résonnent encore « il est mort, je suis désolée » et ils marquent le moment de coupure, inéluctable, irréparable, incontournable, une réalité à jamais transformée : il était là, il ne le sera plus jamais. Aux premiers instants, cette réalité est impossible à assimiler, alors vous l’avez en quelque sorte niée. Il était impossible d’intégrer que désormais, pour toujours, il ne sera plus là.

La déstructuration

Et puis est venu le temps de ressentir la violence de l’absence. Les visites se faisaient plus rares, le quotidien de tous reprenait le dessus.

« Le monde poursuit sa course et n’a ni la patience ni le temps de se montrer tolérant très longtemps envers nous et notre douleur… »

Tom Gordon, aumônier dans un centre de soins palliatifs

… mais votre quotidien à vous devenait de plus en plus sombre, et c’est là que vous êtes encore, même en silence. Là, désespérément seule et envahie pourtant de l’omniprésence des souvenirs de lui, de sa personne, de ce que vous avez vécu ensemble. Cela fait si mal, comme si l’effet d’un anesthésiant s’était dissipé, vous laissant aux prises d’une douloureuse solitude et d’un manque criant. Ce chagrin, aucun mot ne peut le décrire, seule vous le connaissez. Il est devenu ce compagnon indésirable, ce filtre qui teinte vos journées comme des rayures sales sur des verres de lunettes. Plus rien n’a de goût ni de saveur, plus rien ne vous inspire ni ne vous captive. Vous rassemblez votre peu de forces pour faire semblant de tenir le coup auprès des autres, mais en vous, cette sournoise inquiétude : « pourquoi je ne vais pas mieux? ». Non ce n’est pas de la folie ni un manque de bonne volonté, c’est le cruel calcul proportionnel : plus vous l’avez aimé, plus sa mort sera douloureuse. « Voyez comme Il l’aimait » ont constaté les disciples face aux larmes de Jésus au décès de Lazare (Jean 11 :36). Alors c’est l’abattement, vous vous sentez presque coupable d’avoir tant aimé, tant investi, tant vécu ! Et puis cette colère crie au-dedans de vous, cette rage abjecte qui vous terrasse : contre cet être qui est parti trop vite, contre vous-même qui n’arrivez pas à aller mieux, contre les autres qui parviennent à continuer à vivre, contre Dieu qui a permis tout cela… Et par moment, c’est une peine incontrôlable qui vous envahit, un terrible chagrin. Tantôt cette colère sourde, tantôt cette sensation de vide insupportable, tantôt cette immense tristesse, tantôt cette culpabilité, tantôt cette vive impuissance…

Imaginez une pelote de laine emmêlée, un sac de nœuds : le deuil est un peu pareil, des émotions enchevêtrées, certaines vives et criantes, d’autres sournoises et ravageuses.

La majorité de ces émotions, vous les taisez au monde, parce que vous n’osez pas les avouer, les révéler, vous voulez faire bonne figure et de toute façon vous vous dites que personne ne comprendrait. Et pourtant…

« Car l’Eternel est proche de ceux qui ont le cœur brisé.
Il sauve ceux qui ont un esprit abattu. »

Psaumes 34 :19

Si vous Lui laissez la place, le Dieu de toute consolation veut être près de vous. Hébreux 4 :15-16 nous révèle qu’Il peut compatir à nos faiblesses, nous secourir au bon moment si nous nous approchons de Lui. Il est là, Il vous attend; osez Lui exprimer vos émotions, et Lui déposer ces souffrances. Il peut tout entendre, si vous venez à Lui en lamentations. À chaque étape du chemin, même dans la « vallée de l’ombre de la mort » (Psaume 23), Il est auprès de vous.

« Toi, tu tiens le compte de chacun des pas de ma vie errante,
et mes larmes même tu les gardes dans ton outre.
Leur compte est inscrit dans ton livre. »

Psaumes 56 :9

Aussi longtemps que les larmes couleront, Il saura les recevoir et vous entourer d’amour.

La restructuration

Il est difficile d’y croire pour l’instant, mais un jour, l’intensité de cette souffrance se dissipera, l’absurdité de cette perte sera moins envahissante et les émotions seront plus contrôlées. Le deuil, vous ne vous en remettrez pas, mais vous apprendrez à vous réajuster, à apprivoiser tranquillement le nouveau monde sans cet être cher, sans jamais oublier l’ancien. Vous apprendrez à réinvestir dans cette vie ce qui vous a été arraché par la mort et trouver des moyens d’exister autrement. Et vous pourrez redéfinir vos relations, avec l’être aimé à jamais disparu mais bien vivant en vous, avec le monde et les autres, et même avec vous-même.

Source : Next Avenue

Mais parfois, des vagues de tristesse reviendront, vous faisant douter de votre « mieux-être ». Ces sensations soudaines d’immense chagrin (Sudden Temporary Upsurge of Grief : STUG) arrivent tel un tsunami, sans crier gare, alors qu’on pensait avoir déjà versé toutes les larmes qui nous restaient. Elles existeront dans votre avenir aussi, dans ce nouveau monde sans l’autre, comme de tristes rappels que vous ne l’oublierez jamais, que vous l’avez aimé, mais aussi que vos souvenirs ensemble demeurent un magnifique héritage à garder…

« Rien ne peut remplacer la présence d’un être cher. Il est inutile d’essayer ; Il faut supporter et tenir bon. Cela parait très dur, et c’est pourtant aussi une grande consolation, car, puisque le vide n’est pas comblé, on reste lié par lui. Il est faux de dire que Dieu le comble.  Il le maintient au contraire, et nous aide ainsi à conserver notre ancienne communion, même si c’est douloureux. Ensuite, la séparation est plus dure dans la mesure où nos souvenirs sont plus beaux et plus riches. Mais la gratitude transforme le supplice du souvenir en une douce joie. On porte en soi la beauté du passé non comme une épine, mais comme un précieux cadeau. Qu’on se garde de fouiller dans ses souvenirs, de se livrer à eux. Un cadeau précieux est un trésor caché qu’on est certain de posséder, mais qu’on ne contemple qu’en de rares moments ; alors une joie et une force durables émanent du passé. »

Dietrich Bonhoeffer – Widerstand und Ergebung

Cette peine d’avoir été arraché à ce lien vivant avec cette personne disparue a été immense, mais ce précieux cadeau d’avoir vécu cette relation demeure intact, dans vos souvenirs. Gardez-le, chérissez-le et remerciez Dieu qui a permis cette joie du bonheur partagé.

Et Dieu continuera de marcher avec vous tout en vous promettant qu’un jour, vous pourrez arriver dans ce lieu de paix éternelle :

« Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni plainte, ni souffrance. Car ce qui était autrefois a définitivement disparu. »

Apocalypse 21 :4

Seigneur, je Te prie pour la personne qui lit ces lignes en ce moment et qui se trouve peut-être au fond de ce tourbillon d’émotions, profondément accablée et souffrante suite à la perte d’un être cher. Peut-être qu’elle ne trouve plus elle-même les mots pour Te prier, qu’elle ne sait plus si elle croit, tant sa douleur est vive. Je Te prie, Toi qui est passé aussi par ces souffrances de la perte, de venir Lui montrer Ta présence, de Lui manifester Ta compassion, Ton soutien. Qu’elle puisse ressentir que Tu es là pour l’accompagner à chaque étape de son cheminement de deuil et qu’elle vienne à Toi pour Te déposer ses larmes. Qu’elle puisse trouver un chemin pour continuer à vivre, s’ajuster à son nouveau monde et se rappeler qu’un jour, ses souffrances ne seront plus. Au nom de Jésus je Te la confie, Amen.

About Author

Sarah nait dans le Sud de la France puis grandit en Alsace, dans une fratrie de quatre d’une belle famille tissée serrée. Sa famille suit Dieu et fréquente l’église mennonite de Strasbourg et c’est depuis toujours qu’elle évolue à l’église, l’école du dimanche et les camps chrétiens. C’est à 14 ans qu’elle comprend réellement la nécessité de prendre une décision de foi personnelle et qu’elle reçoit dans sa vie la grâce du pardon de Dieu en Jésus-Christ. Elle décide de suivre Jésus mais le parcours est difficile et c’est à 18 ans qu’elle devient vraiment consacrée à Le servir. En 1999, elle quitte sa France natale pour vivre une expérience missionnaire au Québec qui devient par la suite sa terre d’adoption. Elle s’y installe et y fait ses études en travail social, puis se spécialise en santé mentale. Elle travaille dans le domaine de l’intervention de crise et du suivi psychosocial à court terme dans une clinique médicale depuis quelques années après avoir vécu plusieurs expériences de travail en CLSC et en milieu communautaire. Elle a une grande sensibilité, beaucoup d’empathie et un profond désir d’aider les personnes qui souffrent. En 2015, elle se forme auprès de l’« International Critical Incident Stress Foundation » et devient aumônière de crise bénévole avec l’Association Évangélique Billy Graham, le « Rapid Response Team ». À ce titre, elle est déployée pour offrir du soutien émotionnel et spirituel sur plusieurs lieux après des attentats terroristes ou des catastrophes naturelles. Elle devient également formatrice pour l’Association. Elle a une passion pour l’église locale et sa vie communautaire lui importe beaucoup. Après des années de service en tant que responsable des adolescents et du comité de mission et d’évangélisation d’une église baptiste à Montréal, elle intègre l’église la Chapelle en 2017 où elle sert depuis dans l’équipe de l’Accompagnement spirituel et dans un groupe maison, « 5à7 ». Elle est mariée à David depuis 15 ans et ils sont parents d’une petite fille, Zoé. « Ce qui me caractérise : la sensibilité et la détermination. Ce qui me ressource et m’inspire : la nature à contempler et du monde à aimer ! Ce que je ferais tout pour éviter si je le pouvais : le verglas et l’injustice sous toutes ses formes ! »

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