Témoignage personnel

J’ai osé demander un miracle assez audacieux

Qu’est-ce que le miraculeux ? Le Robert définit succinctement le miracle comme un « fait extraordinaire où l’on croit reconnaître une intervention divine. » J’aime particulièrement cette définition qui ne se limite pas aux faits dépourvus d’une explication scientifique et qui englobe plutôt tous les évènements improbables qui finissent pourtant par se produire… miraculeusement ! Je crois que tous (sinon la majorité d’entre nous) espérons voir un miracle, grand ou petit, se produire dans leur vie. Lorsqu’il se produit, le miracle nous surprend et nous émerveille. Il nous remplit d’euphorie, d’étonnement, de reconnaissance et d’une joie profonde. Comment obtient-on un miracle ? Quelles sont les conditions qui favorisent la réalisation des miracles ? Et lorsqu’ils n’arrivent pas, est-ce parce que nous manquons de foi ou parce que nous avons perdu la faveur divine ?

La vue de Jérusalem à partir de la fenêtre de ma chambre à coucher. French Hill, Mont Scopus.
Toutes les fois où je regardais par la fenêtre, mon cœur se remplissait de gratitude envers Dieu.
Description : La vue de Jérusalem à partir de la fenêtre de ma chambre à coucher.
Lieu: Mont Scopus, Jérusalem
Crédit photo: Anathalie Jean-Charles

Lorsque le miracle se produit ou pas

Je reviens tout juste d’un voyage en Israël où j’y ai passé deux mois pour suivre un cours intensif d’hébreu biblique. C’était l’une des expériences les plus enrichissantes de toute ma vie. TOUS LES JOURS, je rendais gloire à Dieu de m’avoir permis de voyager en temps de COVID et pire, en situation de conflits armés. Ce qui rend ce voyage d’autant plus merveilleux dépasse largement le contexte dans lequel je suis partie. En fait, ce qui me sublime c’est de savoir que Dieu a tout orchestré pour me permettre de partir alors que toutes les conditions rendaient la réalisation de ce projet improbable. De reconnaître le miraculeux dans cet évènement, voilà ce qui remplit réellement mon cœur de joie.

Pourtant, je dois admettre que le parcours pour se rendre à Jérusalem n’a pas été de tous repos. Entre les questions administratives de diverses institutions, le refus d’appuis de certains professeurs, la recherche de soutien financier, la réticence de proches et les échanges de missiles entre Israéliens et palestiniens, ma foi (et mes nerfs !) a été mise à rude épreuve.

Pas de miracle sans complication

Je vous explique mon périple : le 5 mai, donc la veille des émeutes propalestiniennes à Jérusalem-Est, j’essayais, sans succès de me procurer un billet d’avion. Pour une raison que j’ignore, la plateforme de vente en ligne n’acceptait aucune de mes cartes de crédit. Impossible d’effectuer une réservation. Donc, pas de billets d’avion, pas de demande de visa. Pas de visa, pas de possibilité de voyager.

Pourtant, je venais tout juste de négocier les conditions entourant mon départ auprès de mon employeur. J’avais obtenu une lettre d’acceptation de l’université. J’avais informé mes proches de mon projet. Je franchissais chacune des étapes de mon plan relativement bien… Le hic c’est que j’avais à peine les fonds pour couvrir le coût des billets d’avion. Mon cours commençait dans un mois et je n’avais reçu aucune nouvelle des bourses pour lesquelles j’avais posé ma candidature.

Pas de miracle sans confusion

Devant mon incapacité à réserver mes billets et l’instabilité politique qui sévissait en Israël, je commençais à me demander si Dieu voulait vraiment que j’entreprenne ce voyage ou s’Il m’envoyait des signes pour m’empêcher de partir. Était-ce une autre forme de miraculeux ? Où devais-je voir l’intervention de Dieu dans tout ça ? Je ne savais plus comment agir, quoi penser, ni même comment prier.

Sans entrer dans les détails de ce qui m’a amené à entreprendre des démarches pour étudier à Jérusalem, j’étais animée par la conviction qu’il fallait que j’y aille. Je devais coûte que coûte passer l’été là-bas. Alors comment pouvais-je concilier ce qui se déroulait devant mes yeux avec ce que je voyais dans mon esprit ? Partir mettait potentiellement ma vie en péril… mais l’idée de rester éteignait mon âme à petit feu.

Comment prendre la bonne décision ?

Ornementation sur le sol du Vieux Port de Jaffa représentant une carte vers les destinations commerciales et historiques importantes. Le point centrale de la carte est le port de Jaffa. Chaque cercle comprends le nom de la ville et sa distance en km depuis Jaffa. 
Lieu: Vieux Port de Jaffa, Israël 
Crédit Photo: Anathalie Jean-Charles
Pour savoir où aller, il faut se souvenir d’où l’on vient. Il faut surtout se rappeler de l’objectif que l’on s’était fixé avant d’entreprendre le parcours. Reviens toujours à la vision de départ, tu sauras vers où te diriger. Description : Cet ornementation sur le sol du Vieux Port de Jaffa représente une carte vers les destinations commerciales et historiques importantes. Le point centrale de la carte est le port de Jaffa. Chaque cercle comprends le nom de la ville et sa distance en km depuis Jaffa.
Lieu: Vieux Port de Jaffa, Israël
Crédit photo: Anathalie Jean-Charles

Pas de miracle sans prise de position

Le temps passait et il fallait choisir. Je devais prendre position : rester ou partir. Avec du recul, je me rends compte que dans ce genre de situation, croire en Dieu ce n’est pas suffisant. En réalité, c’est parce que je croyais en Dieu que je doutais de devoir partir. Le problème, c’est que je ne savais pas comment discerner Sa Volonté dans cette épreuve bien précise.

Je ne crois pas tout savoir ni tout comprendre de la vie. Cependant, je pense que dans cette situation bien précise, la volonté de Dieu c’était que je prenne position et que je décide moi-même du cours des évènements à venir. Il me demandait : « Que veux-tu faire ? Partir ou rester ? »

Familier ? Ça vous rappelle peut-être là fois où Jésus demanda à l’homme qui était paralysé et qui attendait son miracle depuis 38 ans sur le bord de la piscine de Béthesda (Jn 5:5-8) :

Veux-tu être guéri ?

Jn 5:6 LSG

Où cette autre fois où Il demanda aux aveugles qui l’interpellait à tue-tête parmi la foule :

Que voulez-vous que je vous fasse ?

Mt 20:32 LSG

Oser demander le miracle

Ému de compassion, Jésus toucha leurs yeux ; et aussitôt ils recouvrèrent la vue, et le suivirent.

Mt 20:33 LSG

Vous êtes-vous déjà demandé pour quelles raisons Jésus fut ému lorsque les aveugles répondirent qu’ils voulaient que leurs yeux s’ouvrent ? Je ne m’étais jamais arrêtée là-dessus auparavant. Au fond, dans ma conception de Dieu et du Christ, c’était tout à fait normal qu’Il fasse preuve de compassion. Le texte dit qu’il était ému de compassion.

Je crois qu’une partie de la réponse se trouve dans l’épitre aux Hébreux chapitre 11 verset 6 :

Or, sans la foi, il est impossible de lui être agréable. Car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui se tournent vers lui.

Bible du Semeur

Ce qui touche le cœur de Dieu plus que toute autre chose c’est que nous démontrions suffisamment de foi pour lui demander des miracles. Jésus fut ému par la foi que démontraient ces hommes qui criaient vers lui à s’époumoner et ce, malgré l’opposition de la foule. Puis, leur foi s’est manifestée lorsqu’ils ont osé demander l’impossible.

Ainsi, c’est dans le jeûne et la prière que j’ai demandé l’impossible : un cessez-le-feu durable pour que je puisse me rendre en Israël en toute sécurité.

Lorsque le miraculeux survient

Je vous remets en contexte : depuis le 5 mai 2021, les affrontements entre Israël et le Hamas ne faisaient que s’intensifier. Par les voies diplomatiques, l’Égypte et d’autres gouvernements tentaient, tant bien que mal de calmer le jeu. Rien à faire. Les compagnies d’assurances refusaient de couvrir mon déplacement, car je voyageais en zone de guerre. Les manchettes dépeignent un triste portrait de la situation. Toujours aucune nouvelle des demandes de bourses. L’Université hébraïque de Jérusalem n’avait toujours pas publié de communiqué par rapport à l’annulation ou la poursuite des cours d’été. Alors que je m’informe auprès de l’ambassade pour connaître les délais pour l’obtention du visa, les hostilités s’intensifient. Les analystes politiques prévoyaient des mois de combat et un été sanglant. Plus je prie, plus la crise semble s’envenimer. La pression monte, une petite voix me dit : « Continue ». Puis, le 20 mai, le miracle survient : un cessez-le-feu est décrété grâce à l’intervention diplomatique américaine. Hallelujah! Je me procure enfin un billet d’avion et en quelques jours, j’obtiens le visa étudiant. Cerise sur le sundae, juste avant mon départ, on m’envoie une lettre de confirmation pour l’octroi d’une bourse d’études (j’en ai reçu deux !).

Portrait d'Anathalie Jean-Charles avec une tasse de l'Université Hébraïque de Jérusalem à la bouche.
Savourer le miracle à chaque goutte…
Crédit photo : Anathalie Jean-Charles

Et si le miracle ne se produit pas ?

Dieu a approuvé tous ces gens à cause de leur foi, et pourtant, aucun d’eux n’a reçu ce qu’il leur avait promis. C’est que Dieu avait prévu quelque chose de meilleur pour nous : ils ne devaient donc pas parvenir sans nous à la perfection.

Heb 11:39-40 BS

Lorsqu’on attend avec espérance d’être exaucé, ce passage peut nous sembler dur et même injuste. On se questionne : est-ce par manque de foi que je ne suis pas exaucé. e ? Ma demande n’est-elle pas légitime ? Est-ce un péché qui empêche la main de Dieu à agir ? Dieu m’a-t-il oublié ? Ne m’aime-t-Il pas ? Ne voit-il pas ma souffrance ? Ces questions, je me les suis posées si souvent… Les oreillers souillés par les larmes, l’âme brisée qui sonne comme une caisse de résonance parce qu’on se sent si vide à l’intérieur… La douleur qui persiste et qui ne nous quitte plus… Je connais tout ça aussi.

La réalité, c’est que le miracle n’arrive pas toujours, et ce, même lorsqu’on a la foi. Parfois, la foi est cette chaise invisible sur laquelle nous nous asseyons en espérant qu’elle se matérialise un jour et qui demeure invisible. Pourquoi ? L’auteur aux Hébreux semble penser que Dieu réserve à ceux qui gardent l’espérance une récompense supérieure dans notre patrie céleste (Heb 11:13-14). Parfois, Dieu utilise nos épreuves pour le salut ou pour la croissance personnelle des personnes de notre entourage. La vérité c’est que je ne sais pas pourquoi certains justes sont exaucés et d’autres pas.

Ce que je crois en revanche c’est que l’exercice de la foi nous rend meilleur (Jc 1:3-4). À force d’être assis sur une chaise invisible, nos muscles spirituels se fortifient. Nous ne voyons peut-être pas la chaise se matérialiser en dessous de nous, mais d’autres éléments se matérialisent dans notre vie. Il suffit de lever les yeux du sol, d’arrêter un moment de fixer le vide sous nos fesses et de regarder autour de nous. Il faut tous les jours choisir de fixer les regards sur Dieu et sur les récompenses à venir (Heb 11:26 b).  

Une prière pour toi

Aujourd’hui j’aimerais m’adresser spécialement à ceux qui attendent que le miraculeux se produise enfin dans leur vie : concevoir la vie après un diagnostic d’infertilité, braver l’épreuve de la solitude, s’unir enfin à l’être aimé, se rétablir d’une maladie incurable, être libéré d’un gouffre financier, retrouver le goût de continuer de vivre… Jusqu’au dernier souffle, garde la foi, persévère dans l’espérance, et choisis l’Amour (1 Cor 13:13). TOUS LES JOURS : choisis l’Amour incarné en la personne de Jésus-Christ.

Papa, je ne sais pas ce que cette personne qui lit ce texte traverse. Je ne connais pas ses déceptions, ses frustrations, sa tristesse, ni sa douleur. Je ne connais ni la profondeur de son désespoir ni la hauteur des murailles de vitres blindées qui l’environnent. Je ne sais pas depuis combien de temps elle prie, combien de larmes elle a versées ni même si elle a déjà abandonné. Mais Toi, Père, tu sais toutes choses. Tu la vois, là où elle est. Tu connais toute l’étendue de sa souffrance. Tu n’y es pas indifférent. Tu connais les limites que tu as fixées à cette épreuve et je fais confiance en ta Souveraineté. Daigne toutefois l’accompagner, la fortifier et à l’encourager tout au long du chemin. Donne-lui l’assurance de Ton Amour envers elle ainsi que de ta bonté. J’ose aussi te demander de l’exaucer. Amen !

Description : La vue de Jérusalem au coucher de soleil à partir de la fenêtre de ma chambre à coucher. 
Lieu: Mont Scopus, Jérusalem 
Crédit photo: Anathalie Jean-Charles
Crédit photo : Anathalie Jean-Charles

About Author

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anathalie a toujours aimé Dieu. Malgré les chemins tortueux qu’elle a empruntés, Il est demeuré fidèle et ne l’a jamais laissé tomber. Anathalie a grandi dans une petite église méthodiste libre de la communauté haïtienne de Montréal où ses parents étaient impliqués dans le ministère ecclésiastique. Dès un très jeune âge, elle donne sa vie au Seigneur et s’implique à son tour pour l’avancement d l’œuvre de Dieu. Depuis juin 2014, elle fréquente l’église La Chapelle à Montréal où elle met ses dons, ses talents et son expérience au service de l’équipe des opérations et de l’équipe d’accompagnement spirituel de l’église. En 2018, elle entame des études en théologie dans le but de devenir aumônière et de venir en aide aux personnes qui souffrent. « On dit de moi que je suis une femme passionnée, créative, réservée et déterminée. J’ai la dent sucrée, je suis parfois dans la lune, j’aime les vieux films et les feuilletons français et je déteste les pieds… Mais vraiment là! »

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